Jeudi 11 Octobre 2007
Sensualité

L'odeur des vieux livres, tabac, renfermé, parfum, leurs pages qui coulent, douces sous les doigts, ou qui accrochent, sales... leurs couvertures criblées de cicatrices ou de débris collants non identifiés, leurs pages cornées voire même déchirées, des vétérans qui, sans même êtres ouverts, racontent déjà une histoire...
Jamais assez, certainement pas de A à Z, je ne pourrai exprimer mon amour pour les livres. C'est une histoire à cinq sens, car chacun d'eux goûte au plaisir de la lecture.
C'était hier. Patiemment, tous les cinq, je vous ai déshabillés. Délicatement, et sans à-coup brutal. Pour tout remerciement, vous m'avez fait pleurer... satanés oignons. Sans raucune aucune, je vous ai découpés en petits morceaux, et jetés dans la poele pour vous faire revenir, mariés à un peu de beurre. Comme je suis d'une douceur infinie - ou d'une cruauté sans nom, au choix - je vous ai fait mijoter sur feu doux, tranquillement. La bonne odeur de votre torture a commencé à envahir la pièce, et j'ai laissé mon nez suivre les événements jusqu'à l'instant idéal. Mes yeux, eux, surveillaient votre degré de "roussitude". Puis, pour en rajouter une couche, j'ai convié un peu de cassonnade, de sel et de poivre cinq baies à la fête. Un agréable fumet sucré est monté de votre cuisson, et vous voir caraméliser a été un plaisir des sens. Vous délaissant cinq minutes, je suis allée m'occuper de votre future réceptacle. De la farine, de la levure, de l'eau chaude et de l'huile d'olive, le tout fermement mélangé par une spatule en bois. Trois minutes de pétrissage plus tard, j'étalais cette pâte en rectangle sur du papier sulfurisé, du bout des doigts et à coups fermes de paumes.
Je suis retournée vers vous, humant de plus bel votre délicieux parfum, et vous ai versés, déposés sur cette pâte, uniformément arrêtés à un centimètre de la bordure.
Pour finir, j'ai découpé sans états d'âme quelques crottins de chèvre bien fermes pour vous couvrir partiellement. Je vous ai tous arrosés d'huile d'olive, et je vous ai mis dans un four bien chaud, pour vous achever.
Une vingtaine de minutes plus tard, après avoir embaumé tout la maison, je vous ai, vous la garniture, la pâte et le fromage, sortis de ce feu de l'enfer, déposé sur un dessous de plat, et découpés sans état d'âme pour vous déguster avec délice...
Ma première pizza oignon/crottin de chèvre fut un franc succès, auprès de toute ma famille. A mes yeux, la cuisine est l'essence même de la sensualité (bien sûr, cela dépend des recettes, il y a plus érotique que de farcir un poulet !), les cinq sens y ont chacun un rôle à jouer. Ici, j'ai mis l'odorat en valeur, parce que c'était vraiment quelque chose d'avoir ce parfum d'oignons mitonnés dans le nez, et la vue, car caramélisés, ils étaient un plaisir des yeux.
Je vois la sensualité partout, et pas seulement dans les rapports humains. Je pourrais presque dire que c'est mon credo de vie. Je la vois partout. Un mélange de grâce et de d'indolence qui donne un charme fou à la vie qu'on peut mener, mais aussi à celle des autres. Vous savez, ces gens que vous croisez et auxquels vous trouvez un charme inexplicable. Et vous ? Sensualité, amie, mystère ?
Par Panthère, Jeudi 11 Octobre 2007 à 16:49 GMT+2 dans Félins et félines



















