Chez Panthere

L'enfant disparue (part 7)

 


 

(Pour ceux qui découvrent ou veulent relire, les parties précédentes
ci-dessous, qui s'ouvrent directement dans un nouvel onglet...)




Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Hya était allongée, enfouie sous une épaisse couverture en laine. Des rayons de soleil jouaient sur le plafond peint en blanc. Elle tourna la tête, et vit Lisenn dans le lit voisin, dormant profondément. Son amie était pâle, mais sa respiration régulière, aussi l'inquiétude de Hya se dissipa.
Elle se redressa, sans doute un peu trop précipitamment, car elle eut le vertige, et dut s'immobiliser quelques secondes, le temps que sa faiblesse passât. Elle s'extirpa de son lit et jeta un œil par la fenêtre : c'était l'après-midi, de gros nuages cotonneux envahissaient un ciel bleu, sur lequel les maisons noircies par le feu amenaient un certain contraste.
Elle n'avait sur elle qu'une mince chemise de nuit, et aucun vêtement n'était en vue dans la chambre. Elle ouvrit prudemment la porte, et eut à peine le temps de jeter un regard qu'un petit bout de femme se ruait sur elle :
"Enfin ! Enfin vous êtes réveillée ! J'étais tellement inquiète ! Comment vous sentez-vous, guérisseuse Hya ?
- A peu près bien, mais très faible. Depuis combien de temps suis-je ici ?
- Deux jours et demi depuis l'attaque et votre intervention."
Hya sentit du respect et de la ferveur dans la voix de la petite bonne femme. Elle fronça les sourcils, et lui demanda :
"De quelle intervention voulez-vous parler ? Je ne me souviens plus de grand-chose, à part que Lisenn était cernée par trois Arcancians... qu'ai-je fait ensuite ?
- Vous avez flotté au-dessus du sol, vous brilliez... pour l'ennemi vous étiez terrifiante ! Pour nous aussi, à dire vrai, avoua son interlocutrice. Vous vous êtes mise à leur hurler d'arrêter, et puis tout s'est enflammé autour de vous, herbe, Arcancians, maisons... et en plus de ça, vous teniez Lisenn, qui n'a pas eu une égratignure, en dehors de sa blessure à l'épaule !, expliqua la petite femme, pleine d'admiration. Je peux me permettre de vous demander comment vous avez accompli ce miracle ?
- Je... je n'en ai pas la moindre idée. Je ne me souviens de rien...
- Oh... en tout cas, grâce à vous, les Arcancians ne sont pas prêts de remettre un pied hostile par ici !"
La tête de Hya se mit à tourner. Elle s'agrippa au chambranle de la porte pour ne pas perdre l'équilibre. La petite bonne femme ouvrit de grands yeux, et se mit à s'excuser, outrée par sa propre curiosité :
"Oh, c'est tout moi ça ! Je cause, je cause, sans me présenter ni prendre soin des personnes que j'héberge ! Je me nomme Naïsa, je suis la mère de Lisenn... grâce à vous, notre maison est seulement roussie à l'extérieur. Hélas, tout le monde au village n'a pas eu cette chance ! (Elle s'interrompt, et fronce les sourcils) Voilà que je recommence ! Venez vous asseoir, je vais vous amener un bon repas !"
Hya suivit Naïsa dans la cuisine, s'assit sur une solide chaise en bois, et s'accouda sur la table en chêne, un peu gênée par cette familiarité, mais trop faible pour pouvoir faire autrement. Elle regarda Naïsa s'activer, et lui amener une assiette au fumet prometteur. Hya ne se fit pas prier deux fois : le parfum émanant du potage l'avait mise en appétit, et elle dévora son repas sans se laisser une seconde de répit. Enfin, après une excellente compote de pommes en guise de dessert, elle s'adossa à sa chaise et sourit avec satisfaction : elle se sentait revivre. Elle vit Naïsa lui sourire en retour. Sa faim et sa faiblesse apaisées, son âme de guérisseuse reprit le dessus. Elle questionna Naïsa au sujet de Lisenn :
"Comment va-t-elle ?
- Aussi bien qu'on peut aller en ayant une blessure à l'épaule... heureusement que j'avais une crème à vous pour la soigner ! J'ai fait ça en attendant que vous y jetiez un œil... j'espère que j'ai pas mal fait !
- Ne vous inquiétez pas, je vais aller voir ça tout de suite !"
Hya se le va et alla au chevet de Lisenn. Son amie dormait toujours, le visage pâle, encore. Celle-ci portait une chemise de nuit sans manches, qui permettait un accès direct au pansement. Hya l'enleva avec précaution, et observa la blessure : la plaie était saine, et peu profonde. Naïsa avait eu de la chance, et, avec l'aide de la crème, elle avait fait aussi bien qu'Hya l'aurait fait en pareille occasion.
Hya refit un pansement propre à son amie, puis la veilla quelques temps. Celle-ci finit par ouvrit les yeux, et sourit à la vue de son amie qui s'était assoupie sur la chaise, à côté de son lit. Hya se réveilla peu après en sursaut, un air angoissé sur le visage, puis elle vit que Lisenn était réveillée, et toute trace d'angoisse disparut de ses traits.

(à suivre...)

 

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L'enfant disparue (part 6)

 

 



 

On se rafraîchit la mémoire ? (Tous ces liens s'ouvrent dans une nouvelle fenêtre automatiquement)

 




Elle chercha du regard, éperdue, un visage qu'elle connaissait. Ce qui était peine perdue, car des villageois elle ne connaissait que les noms. Elle descendit du dos d'Azalée, lui caressa doucement le chanfrein en la regardant dans les yeux, essayant de lui transmettre l'urgence et le danger de la situation. La jument comprit et partit se cacher parmi les arbres. Hya savait que celle-ci arriverait au triple galop dès qu'elle l'appellerait. La sachant en sécurité, Hya se préoccupa de celle des villageois, et surtout, de celle de Lisenn. Devant elle, des gens se battaient, et elle ne savait pas qui était dans quel camp. D'autres essayaient sans succès d'éteindre le feu qui engloutissait, vorace, leurs foyers.

Hya s'apprêtait à continuer dans le village, dans l'espoir de trouver Lisenn, quand soudain elle comprit le grondement du feu : "Faim... manger, manger !". Elle se demanda un instant si elle avait les capacités pour lui couper l'appétit, et sentit des mots, dans une langue qu'elle ne connaissait pas, prêts à jaillir de sa bouche. Puis, de nouveau, le feu reprit ses murmures féroces, et quelques secondes plus tard elle courait dans le village, à la recherche de Lisenn.

Elle courait en regardant tout autour d'elle, et finit par heurter quelqu'un. Le choc la fit tomber. Elle se redressa rapidement et se retrouva nez à nez avec un homme à l'air agressif, les lèvres légèrement retroussées, prêt à mordre s'il avait été un animal. A la place de crocs pour se défendre, il tenait un pieu en bois, tout poisseux de sang, qu'il dirigeait vers elle.

Inquiète, elle l'observa sans bouger, et remarqua sa jambe de bois. Ce détail ramena la conversation matinale qu'elle avait eue avec Lisenn dans sa mémoire, et elle tenta le tout pour le tout, voyant qu'il s'approchait d'elle avec l'intention manifeste de la tuer :

"Vous êtes le père de Lisenn ?"

Au nom de sa fille, l'homme perdit son agressivité, et le souci brilla dans son regard. Il la prit par le bras, l'emmena à l'abri des combats les plus proches, et lui demanda sur un ton rude :

"Z'avez vu ma fille ? Z'êtes la sorcière, c'est ça ? Sur le coup, j'vous avais pas r'connue...

- Oui, c'est moi, Hya, la guérisseuse, répondit-elle en insistant sur le dernier mot. Non, je n'ai pas vu Lisenn depuis ce matin. J'ai... j'ai vu le ciel rougir de chez moi, je me suis inquiétée. Où est-elle ?

- Sais pas, grommela-t-il. Y nous sont tombés d'sus en plein dîner, j'vous dis pas le grabuge qu'a suivi. Elle s'est bien défendu, ma p'tite fille, et ma femme aussi, mais on s'est ben vite perdu d'vue. M'a dit qu'elle allait aider les z'aut' à s'défendre. M'fais du mouron pour elle, après tout c'est qu'sa première bagarre...

- Qui attaque ?

- 'vot' avis ? Ces salauds d'Arcancia ! M'ont d'jà pris une jambe y'a dix ans, j'vais pas les laisser m'prendre plus. Qu'y z'y viennent ! Dix ans que j'guette ces bêtes sauvages ! J'savais qu'ils allaient rev'nir ! J'vous ai entraîné ma p'tite et ma grande femmes, mais chais pas c'que ça vaut face à ces brutes. M'en veuillez pas ma'ame, mais y'a mon bâton qui m'démange ! T'nez, z'avez pas l'air d'avoir d'quoi vous défendre ! Faites gaffe à vous, va y avoir besoin d'vous pour les blessés !"

 

Il lui tendit un coutelas, la salua d'un bref hochement de tête, et disparut derrière une maison, un peu plus loin, en direction du feu et des combats. Hya sourit en repensant à ce que Lisenn lui avait dit de son père dans la matinée : à ce qu'elle avait pu en voir, il avait l'air plutôt en forme, et avide de revanche, et certainement pas gêné par sa jambe de bois. Puis ses pensées revinrent sur son amie, et son visage s'assombrit de nouveau. Elle testa le tranchant du coutelas sur son pouce, et s'étonna de voir une goutte de sang. Bien affuté, songea-t-elle. Elle abhorrait la violence, mais elle savait que ce soir, elle allait devoir faire une croix sur son amour du pacifisme. Elle sentit monter en elle la colère contre la violence, cette violence qui demandait la violence en réponse, et qui répandait terreur, peine, et douleur sur son passage. Sa respiration s'accéléra, sa main se crispa sur son arme, ses traits se durcirent.

Elle retourna vers les combats et reprit ses recherches, plus que jamais déterminée à retrouver son amie saine et sauve. A force de parcourir le village, elle finit par apercevoir ses beaux cheveux blonds, qui semblaient oranges à la lueur de l'incendie. Celle-ci se battait à une contre trois, et semblait avoir de plus en plus de difficultés à garder ses adversaires en retrait. Hya courut dans sa direction aussi vite qu'elle put, mais pas assez vite pour parer le coup qui toucha son amie à l'épaule. Celle-ci s'effondra sous le rire narquois de ses ennemis. Une rage folle prit Hya qui se précipita vers eux en hurlant.

 

Les trois Arcancians tournèrent la tête vers elle, et ce qu'ils virent leur firent une peur bleue : un démon aux traits féminins, la peau brillant comme mille feux, les yeux d'un vert anormal, et des cheveux de feu qui semblaient voler autour de sa tête, fondait sur eux avec un cri à faire pâlir le plus courageux de leurs comparses. Ils n'eurent pas le temps de prendre la fuite : elle sauta sur le premier, et lui planta son arme dans la gorge. Tandis que celui-ci s'étouffait dans son propre sang, elle attrapa le second par la natte, qui lui tournait le dos et tentait de s'enfuir, et lui brisa la nuque en imprimant une rotation peu naturelle à sa tête. Le dernier, qui s'était éloigné d'une dizaine de pas, se pétrifia soudain et porta la main à sa poitrine. Hya, debout à côté de son amie, serrait son poing gauche avec une telle force qu'elle en saignait. Le dernier Arcancian vivant du trio s'effondra à son tour, victime d'une violente crise cardiaque.

 

La fureur meurtrière de Hya se calma nette. Elle s'accroupit à côté de son amie, tâta avec douceur son épaule. La douleur fit gémir Lisenn, mais celle-ci demeura inconsciente. Hya la prit dans ses bras et se mit à marcher sans peine, comme si celle-ci n'était pas plus lourde qu'une plume. Peu de temps après, elle se retrouva dans la rue principale du village. Autour d'elle, tout n'était que feu, sang, et combats. Des larmes commencèrent à rouler sur ses joues : toute cette violence la rendait malade. "Assez", dit-elle, "ASSEZ !!!", cria-t-elle.

Les combats s'arrêtèrent net. Tous tournèrent la tête vers elle. Quand les Arcancians virent qu'elle était seule, et qui plus chargée d'une femme évanouie, ils se mirent à rire, puis ils la chargèrent en vociférant.

Hya les regarda se rapprocher d'elle avec surprise. Elle avait pensé, avec naïveté, que son cri aurait stoppé cette folie meurtrière : elle s'était trompée. Sa colère flamba de plus belle. Sa peau se mit à luire de nouveau, ses yeux devinrent vert phosphorescent, et ses cheveux flottèrent autour de sa tête. "ARRÊTEEEEZ !!!!", hurla-t-elle.

L'herbe autour d'elle se consuma et noircit, et les guerriers les plus proches prirent feu. Les autres, effrayés par cette diablerie et les cris de terreur de leurs compagnons d'arme, s'enfuirent sans demander leurs restes.

Les habitants du village la regardèrent, incrédules. Puis les premiers cris de joie et de soulagement retentirent. Hya, épuisée, ne put tenir debout plus longtemps : elle tomba par terre, inanimée, entraînée dans sa chute par le poids de Lisenn.

 

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L'enfant disparue (part 5)

 

 

 

Avant de lire cette suite tant attendue par certain(e)s d'entre vous, je tenais juste à remercier une certaine personne qui m'a limite harcelée (encore hier !) pour que je me mette à écrire cette suite que j'avais en tête depuis fin septembre ! En espérant que ladite personne se reconnaisse ! J'y tiens... On va dire que c'est une autre façon encore de te remercier pour hier soir ;)

 

Isis eut un miaulement digne d'un fauve affamé, ce qui fit rire encore plus fort Hya. Le jardin, où les herbes étaient plutôt hautes, regorgeait de souris, le met favori de la chatte. Hya ne doutait pas que d'ici un moment, celle-ci reviendrait avec une souris dans la gueule. Ces réflexions n'allaient pas l'aider à décider ce qu'elle allait dîner. Elle opta pour une salade de carottes accompagnée de grandes tartines de beurre frais et de fromage. En guise de dessert, elle se prépara une salade de fraises avec une cuillerée de miel. Une fois son repas prêt, elle installa le tout sur un plateau de bois qu'Arthur avait sculpté voici quelques années, et se dirigea à pas lents vers l'érable pour lequel elle chantait quelques heures auparavant. Elle s'installa et mangea, profitant de chaque bouchée.

 

Cet arbre l'apaisait énormément, elle ne savait pas pourquoi. Peut-être parce qu'il tenait à elle autant qu'elle tenait à lui. Chaque créature a son rythme de vie et elle, à ses yeux, ne devait être l'équivalent que d'un battement de cœur : c'est du moins ce que devait faire comme impression une vie humaine à la vie végétale de cet arbre. Le seul problème est qu'elle se devinait non-humaine, bien qu'en ayant les principaux traits : deux bras, deux jambes, une tête, deux yeux, deux oreilles, une bouche, pas de fourrure, des cheveux... mais elle était plus gracile que la moyenne, ses yeux avaient un éclat qu'elle n'avait jamais rencontré ailleurs, ses oreilles étaient pointues contrairement à celles de ceux qu'elle avait pu rencontrer. Et ses cheveux d'un roux éclatant n'avaient rencontré nul égal. Elle était "plus" qu'un être humain moyen. Et ce plus la gênait. Parce qu'elle sentait que le problème était précisément là. Si elle n'était pas humaine, qu'était-elle ? Pourquoi n'avait-elle jamais rencontré un autre comme elle ? Etait-elle la dernière de sa race ? Qui étaient ses parents biologiques, et pourquoi l'avaient-ils abandonnée sur le pas de la porte d'Elesbed et d'Arthur ?

Les questions se pressaient, toujours plus nombreuses, dans la tête d'Hya. Elle se boucha les oreilles, se balança lentement d'avant en arrière, et finit par s'adosser à l'érable. Une étrange mélodie se fit entendre. Elle se redressa d'un coup, alerte, cherchant d'où elle pouvait bien provenir. Le silence fit écho à sa question muette. Elle se radossa, et la mélodie reprit de plus belle. Elle ne sursauta pas, cette fois-ci. Elle comprit que c'était l'arbre qui cherchait à la calmer et à l'envelopper dans une atmosphère rassurante. Ce n'était pas la première fois qu'elle ressentait une réaction de l'arbre à sa présence, mais jamais encore il n'avait chanté pour elle. Elle se laissa bercer jusqu'à s'assoupir.

 

Elle se réveilla en sursaut. Il y avait quelque chose dans l'air, comme une menace, un danger qui se profilait et se rapprochait à chaque seconde qui passait. Elle se leva d'un bond, tournant sur elle-même pour essayer de comprendre pourquoi ce pressentiment l'étreignait si fort. Son cœur battait sourdement dans sa poitrine. La nuit était tombée entretemps, et les étoiles brillaient dans le ciel. La tête tournée dans la direction de la ville, cette sensation étrange l'étreignit un peu plus fort. Le danger viendrait de là-bas..., songea-t-elle. Elle pensa à Lisenn et à la conversation qu'elles avaient eue le matin-même et n'hésita pas plus longtemps : Arcancia avait peut-être décidé d'attaquer, finalement, contre tout bon sens !

Elle se mit à courir, à la recherche d'Azalée : il n'y avait pas une seconde à perdre ! Elle finit par la trouver, en train de se reposer un peu plus loin. Elle posa la main sur son encolure pour lui transmettre l'urgence de sa demande. La jument s'éveilla instantanément, et quelques secondes plus tard, elles partaient toutes deux ventres à terre, en direction de la ville.

 

A mesure qu'elles se rapprochaient, Hya vit le ciel se colorer de teintes rouges ondoyantes. L'urgence fit battre son cœur encore plus vite, et elle pressa davantage Azalée. Puis ce fut une odeur de brûlée qui lui agressa les narines. Elle enfonça ses talons dans les flans de son amie, qui accéléra encore un peu plus. Enfin, elle arriva en vue du village.

Tout n'était que flammes et cris. L'incendie dévorait les maisons avec un appétit vorace, et personne ne s'en préoccupait : Hya distingua dans l'éclat rougeoyant du feu l'éclat des armes qui s'entrechoquaient.

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L'appel (édité et achevé)



(Enclenchez la musique en bas, merci)

Tu hésites. Entre le monde que tu appelles civilisé, juste derrière toi, et celui de tous les mystères, la forêt, de laquelle je t'observe... et que tu manges des yeux. Je ne peux que comprendre cette envie qui te dévore : le doux murmure du vent qui chante à tes oreilles, les couleurs dont se parent les feuilles quand le soleil ou la lune les traverse, les oiseaux qui pépient et gazouillent, et cette odeur ! Riche, entêtante, profonde, de terre et d'humus. Tout ceci t'attire bien plus que le bruit désagréable des activités humaines, la puanteur de leurs machines, et cette course dans laquelle ils vivent, et qui ne semble s'arrêter qu'une fois que la vie les a quittés.
J'entends presque tes pensées cheminer dans ta tête. Tout dans ton attitude montre l'avancée de ta réflexion : la tension dans tes épaules, tes mains crispées, le pli déterminé de ta bouche, et ta respiration qui s'accélère. Tu fais un pas en avant, ton pied s'enfonce dans une bonne épaisseur de feuilles mortes.

C'est l'automne. Les arbres ont enfilé leurs plus belles robes, et rivalisent les uns avec les autres. Tu les regardes, époustouflé, tour à tour, ne sachant sur lequel arrêter tes yeux. A quelques mètres de toi, je te suis, prudemment, sans bruit. Je ne veux pas te faire peur. Cette précaution est peut-être inutile, comment savoir si tu fais partie de ceux qui croient en mon existence ?

Tu continues d'avancer, avec précaution, découvrant les merveilles que la nature, semble-t-il, ne déploie que pour toi. Je te vois sourire. Tes dents blanches étincellent dans la pénombre de la forêt. La curiosité me dévore... peu à peu je me rapproche, pour te contempler plus à mon aise. Le soleil jette des reflets ambrés sur ta longue chevelure brune, dont les boucles semblent me narguer, me lançant un appel auquel j'ai bien du mal à résister. Ta bouche déclenche un trouble en moi lorsque je me plais à l'imaginer, frôlant mes épaules. Et tes yeux... je ne peux te regarder en face sans risquer de me trahir. Des yeux verts, hypnotiques.

J'éprouve brutalement le besoin de me montrer. Cela fait un moment que tu marches, toujours guidé par cette volonté inébranlable de t'enfoncer toujours plus loin dans ces lieux qui sont mon habitat. Je ne suis plus qu'à un mètre de toi. Non loin de là, le soleil éclaire, par rayons, un petit étang : mon lieu de prédilection pour mes apparitions. Je ne résiste pas, si tu dois me voir, que ce soit là et nulle part ailleurs. Un instant plus tard, je suis dans mon élément, et toi, tu t'es rapproché. Lentement, je sors de l'eau, sous tes yeux ébahis.



Je n'ai jamais été à ma place dans ce monde de métal et d'acier, où le bruit l'emporte sur la beauté du chant, et de la musicalité que la voix humaine peut porter en elle. Une voix énigmatique et irrésistible m'a poussé vers la beauté immémoriale des forêts. C'est l'automne qui m'y a décidé. Sous mes yeux, la forêt resplendit de jaunes, d'oranges, d'ocres et de rouges de toutes sortes. A son orée, j'ai eu une dernière hésitation. Mon premier pas m'a ôté mes derniers doutes et c'est sans un regard en arrière que je me suis enfoncé dans ses mystères.

Une orgie de couleurs se déploie devant mes yeux, chaque pas que je fais efface de ma mémoire la rumeur de la civilisation : la télévision, le téléphone portable, l'ordinateur, tous ces moyens sophistiqués de communication qui détruisent chaque jour un peu plus le lien entre l'homme et ses origines disparaissent de mon esprit. Je renoue avec mes cinq sens. Ma vue sature sous les assauts répétés d'un arc-en-ciel de couleurs, mon ouïe capte le chant des oiseaux et le murmure malicieux du vent, mes doigts frôlent et caressent l'écorce des arbres que je croise, et mon nez est empli des senteurs de la terre, des arbres, et des buissons que je rencontre. Seule ma bouche ne festoie pas dans ce renouement tant attendu. Je cherche le goût, l'essence de la forêt, mais ne le trouve pas dans les baies que je croise. Dans la mélodie que chantent mon esprit et mon corps se mêlent quelques fausses notes : la justesse me manque.

Je continue ma marche dans cette forêt flamboyante. L'appel, car c'est ainsi que je le ressens à présent, se renforce à chaque instant qui passe. Devant moi, au loin, un étang paisible se profile. Je m'approche, le coeur battant. Je le devine, je le sens, ce qui manque à mon cinquième sens va trouver son achèvement ici. L'eau est verte, quelques nénuphars en troublent la quiétude. Et c'est dans cet état d'esprit, d'attente mêlée d'inquiétude, que tu m'es apparue.




L'eau ruisselle sur mon corps tandis que je sors à pas lents et fluides de mon étang. Tu me fixes, tes yeux provoquent en moi d'étranges frissons. En cet instant, il n'existe plus rien d'autre que nos deux êtres. La forêt a disparu autour de nous, ne restent que toi et moi. L'eau n'est plus là pour protéger mon corps de ton regard : si j'avais porté des vêtements, tu m'aurais déshabillée des yeux. Je m'avance lentement vers toi. Je devine ton souffle qui s'accélère aux mouvements répétés et rapprochés de ton torse sous le tissu de ton vêtement. Je m'arrête à un pas de toi. Tu tends doucement ta main vers moi, et frôle ma peau du bout des doigts.



Tu es sortie de l'eau de l'étang comme un ange serait descendu du ciel. Pas le moindre bout de tissu ne te couvre. Tu es nue comme Eve, et probablement aussi belle et désirable que la première femme a pu l'être. Ta peau est d'un vert pastel, et d'une texture qui appelle le contact. Je ne sais pas ce que tu es. Une ondine, peut-être, mais ta nature m'échappe et, à dire vrai, m'indiffère. C'est ton appel que j'ai entendu, c'est à lui que je réponds. Tu t'approche de moi. Je sens mon coeur qui s'emballe dans ma poitrine, que va-t-il se passer ? Je distingue tes taches de rousseur d'un vert plus soutenu, et tes yeux, à côté desquels les miens paraissent sans profondeur... Tu es en face de moi et tu m'observes, mystérieuse et insaisissable. Timidement, j'avance ma main, et je touche ta peau. Elle est d'une douceur indescriptible. Je découvre tes oreilles pointues, tes longs cils couleur mousse, tes dents pointues dans le sourire que tu esquisses, et tes griffes acérées quand tu glisses ta main dans la mienne.

Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais c'est avec toi que je veux l'affronter. Tu me feras découvrir la forêt, les saisons, la nature dans tout ce qu'elle a de plus beau et de plus cruel, cette nature que l'homme a oubliée depuis des siècles, violée et salie sans vergogne. Un jour viendra où elle reprendra ses droits, et j'espère que ce jour-là, tes descendants, ma belle ondine, seront là pour sauver ceux qui le méritent...




La musique : Noah Visits, première piste de la bande originale de The Village, par James Newton.



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Fantasmagorie




C'est juste entre toi et moi. La pluie qui assourdit nos oreilles à peine plus que le battement de nos coeurs nous laisse de glace. Prisonnier l'un de l'autre, nous brûlons d'un même feu inépuisable, qui consume chaque particule de nos êtres. Ta bouche sur la mienne, la chaleur de tes mains sur mes bras glacés m'hypnotise. Je sens par leur biais tes tremblements, la fièvre qui t'anime, concentré sur ma main qui tient la partie la plus intime de ton anatomie.
De la vapeur se dégage de nos corps, en fusion avant même de se toucher totalement. Je sais que tu n'as que moi en tête à ce moment précis. Ton odeur emplit mes pensées, les noie, et ta langue qui fouille ma bouche achève ce qui reste en moi de raison.

Je te veux...
Plus rien d'autre ne compte.


Tes yeux noirs qui me fouillent et me transpercent de part en part. Une épée ne s'y serait pas mieux prise. Tu m'assassines, tu me pièges dans mon désir pour toi. Je ne suis plus le chat mais la souris. Etre ta proie est la plus agréable des tortures, le plus doux des supplices. L'amusement perce dans le puits sans fond de ton regard. Mon coeur bat dans ma cage thoracique, comme un oiseau affolé. Que vas-tu encore me dire, me faire ?
De l'index, tu soulèves doucement mon menton, pour amener mes yeux en face des tiens. Tu me dévisages, te délectes de mes frissons et du papillonnement de mes cils, qui trahissent la violence des sentiments qui m'habitent. Doucement, tu t'approches de moi. Centimètre après centimètre. A quelques millimètres de mes lèvres, tu t'arrêtes. Tu me regardes intensément, quelques secondes. Je tremble, lâche un soupir d'appréhension... que tu me voles en m'embrassant.


Un court texte d'invention pour des sensations qui tourbillonnent en moi ces derniers jours (et pas seulement, bien sûr, ce sont toujours des émotions que je porte en moi... mais il y a des moments où elles sont plus fortes que d'autres.). Mélange violent de désir et d'amour qui se confondent et se mélangent. Un duo détonnant qui ne me lâche pas.

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18 mois




Il y a un an et demi
Une étrange flamme nous a saisis.


Ce qui n'était qu'une étincelle
S'est vite transformée en brasier
Et nous a rapidement consumés.
Une ardente passion bien réelle...

Au-delà des regards
Le désir qui sous-tend
Au-delà de nos corps épars
Un regard d'émerveillement

La peur du temps qui passe
Qui use les couples, les casse
N'a plus prise sur mon âme,
Je n'en crains plus la lame.

 

Un infini trésor d'amour
Caché sous un masque d'humour
Dans la limpidité de tes yeux m'attend
Et me fait fondre lentement.

Un chat tigré indépendant
Un félin noir attachant
Un duo de crocs et de griffes
L'un de l'autre admiratifs.

Deux êtres liés par la tendresse
Et la douceur de leurs caresses.
Compréhension en un échange
Entre la Panthère et son Ange...



Des rimes maladroites pour te dire à quel point je t'aime mon Ange.
Très très fort, très très beaucoup, et pour très très longtemps. (l)

(Annif fêté samedi 15 septembre)
(Et, oui, c'est moi sur la photo)

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Un air de flûte




(Avant toute lecture, merci d'enclencher la musique en bas de l'article)

Il fait nuit depuis des heures, la lune règne, maîtresse des cieux.
Elle gît, songeuse, dans son lit en bois d'ébène. Dehors, le vent souffle doucement dans les branches des arbres, et semble chanter un air mystérieux et envoûtant. Peu à peu, elle s'endort dans ses draps blancs, et se met à rêver. Elle est en pleine montagne, sur une étendue plane et verdoyante entre deux monts blancs et vertigineux. Tournant sur elle-même, elle aperçoit un plan d'eau, éclairé par la lune, ronde, jaune et cabossée, présentant un profil troublant de gruyère...
Souriante, elle s'approche. La mélodie qu'elle entend s'intensifie peu à peu, le vent bouscule ses cheveux et l'aveugle momentanément. Quand elle retrouve la vue, elle est nez à nez avec un être d'une beauté stupéfiante. Grand, élancé, les cheveux longs, raides, et noirs comme la nuit. Ses yeux sont deux puits qui la contemplent sans rien dire, sa peau semble luire de l'intérieur. Il est presque nu, l'essentiel caché par un pagne de peau. Ses lèvres pleines esquissent un sourire, et, sans la quitter du regard une seule seconde, il la prend par la main. Il l'amène près de l'étang, s'assoit à l'indienne, ses longues jambes croisées, et se met à jouer d'une flûte en bois toute simple. La mélodie reprend de plus bel, et elle se met à danser au clair de lune, dans l'herbe grasse et humide, si douce à ses pieds.

Elle tourne, sautille, sourit, frôle parfois ses beaux cheveux noirs du bout des doigts. Elle est ivre de joie, rit à gorge déployée, la tête basculée en arrière. Ses cheveux roux éclaboussent la nuit, renvoyant la lumière lunaire comme autant de feux éphémères.
Il souffle dans sa flûte, mêlant ardeur et délicatesse, narrant les ruisseaux, les champs de fleurs en boutons, mais aussi les torrents et les forces sauvages animant la Nature. Il est l'une de Ses créatures, et il chante pour Elle, mais aussi pour celle qui danse devant lui. Son rire de cristal cascade le long de ses vertèbres, provoque un long frisson. Il éloigne l'instrument de sa bouche, se relève. Elle s'arrête de danser, essoufflée par toutes ces virevoltes, et le regarde.

Ils se rapprochent peu à peu l'un de l'autre. Il prend doucement sa main, effleurant chacun de ses doigts du bout de l'index. Elle laisse échapper un soupir. De son autre main, elle caresse son visage, avec une tendresse infinie. Il lâche sa main, la prend par la nuque et l'attire lentement à lui. Ils sont l'un contre l'autre, elle dans sa chemise de nuit légère, diaphane, presque transparente, lui dans son pagne, tous deux pieds nus dans l'herbe folle. Ils se fixent, sans mot dire. Leurs yeux n'ont pas besoin de mots pour se comprendre.
Leurs bouches se rapprochent, se frôlent, se touchent. Elle sent ses pouces qui caressent ses joues quand il l'embrasse, il devine le battement affolé de son cœur, mêlé au sien, tous deux débordés par une violente émotion.
Avec un doux sourire, il se détache d'elle et s'éloigne à pas lents et gracieux. Elle le regarde disparaître dans la forêt, et se réveille.

Sans difficultés, elle ouvre les yeux. Elle se sent reposée et prête pour une nouvelle journée. La fenêtre est ouverte, et elle se rappelle brusquement de ses yeux noirs, ces gouffres où elle est allée se perdre cette nuit. Son rêve la tourmente, du regard elle cherche celui qui lui a fait vivre ce moment enchanteur près de cet étang, sous le regard bienveillant de la lune ronde. Ses yeux se posent sur la table de nuit. Effleurée par un rayon de soleil pourpre venant droit de la fenêtre ouverte sur l'aube naissante, une flûte de bois toute simple y est posée.

(Musique : Merzhin, Merzhin)

 

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L'enfant disparue (part 4)




Félicitations, c'est une fille !
Trêve de plaisanteries, j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer : aujourd'hui au bureau, j'ai écrit la suite de l'Enfant disparue (non non pas la fin, loin de là !)... et je vais vous la mettre en ligne ce soir entre 19h30 et 22h (le temps d'en écrire un peu plus dans le train !), donc je conseille aux accros d'aller jeter un oeil de temps en temps à cet horaire-là pour voir si c'est mis en ligne.

Sinon, pour ceux et celles qui débarquent et souhaitent lire le début, dans ma colonne à droite, cliquez sur la rubrique "Plume en patte", et vous trouverez votre bonheur...

A ce soir, fidèles (enfin je l'espère...) lecteurs !


L'Enfant disparue (part 4) :

Celle-ci échangea un regard avec son amie : elle l'avait gâtée ! Rien que l'idée de préparer de futurs plats avec ces fruits et légumes, elle salivait à l'avance. Avec un air pensif, elle songea que son commerce avec les habitants des villages voisins se portait bien, et que, si elle l'avait souhaité, elle aurait pu vivre dans l'opulence. Mais la simplicité de sa vie la contentait, et ses parents l'avaient toujours éduquée dans ce sens. Elle vivait très heureuse ainsi, en contact avec la Nature, ses seuls amis non végétaux étant Lisenn, Isis sa belle chatte noire qu'elle connaissait depuis toujours, et Azalée sa jolie jument à robe isabelle.

Après avoir échangé un sourire complice, elles rentrèrent toutes les deux dans la maison. Par habitude, Lisenn leva la tête vers le plafond : aux poutres apparentes pendaient herbes en tous genres, chapelets d'oignons, fleurs séchées... Cette vision la faisait rêver et la mettait parfois un peu mal à l'aise : par certains côtés, Hya ressemblait vraiment à une sorcière ; une belle et gentille sorcière, cela dit, avec un coeur en or et qui était la bonté même. Mais elle avait du caractère, suffisamment pour imposer sa solitude aux villageois qui la sollicitaient par l'intermédiaire de Lisenn. Celle-ci reprit ses esprits, et suivit Hya vers le coin cuisine. Elle s'assit sur un haut tabouret en bois, et s'accouda au bar, pendant que son amie préparait le thé et amenait des gâteaux confectionnés la veille. Quelques minutes plus tard, elles bavardaient, confortablement installées sur leurs sièges. Lisenn aborda les derniers potins du village :

"A Rienna, il ya de nouvelles rumeurs à propos de raids d'Arcancia.
- Ah ? Pourtant, nous avions un accord avec Arcancia, non ? Stopper les pillages et s'entraider ! Que s'est-il passé pour que ces rumeurs circulent à nouveau ?
- Elophanté, le chef du village Arcancia, est mort hier. C'est son fils, Eviro, qui a pris sa place, et il est dévoré d'ambition : personne ne sait s'il résistera à l'envie d'agrandir ses terres, et par conséquent, nous annexer !
- Hmmm... Les parlementaires sont déjà partis là-bas pour désamorcer le conflit ?
- Oui, et on n'a pas encore eu de nouvelles d'eux.
- C'est inquiétant, en effet, mais il vaut mieux ne pas extrapoler. Rienna n'est pas un village de guerriers, mais il sait se défendre quand l'ennemi menace ses villageois. Je pense qu'Eviro est suffisamment sage pour prendre cette information en compte, et se tenir tranquille. Ce sont sa jeunesse et son envie de gloire qui le poussent, mais je suis persuadée qu'il n'est pas assez bête pour ne pas voir l'avantage de cette alliance, et par conséquent, souhaiter la garder.
- Tu as sans doute raison. J'aimerais avoir ton calme... Je m'inquiète pour mes parents, le dernier raid, même s'il remonte à dix ans, ne leur avait pas réussi... Je ne veux pas qu'il y laisse sa deuxième jambe, cela a déjà été tellement dur pour lui ! Ma mère a dû, pendant un long moment, tenir pour deux. Oui, ça a été difficile pour eux deux, et pour rien au monde je ne voudrais que cela recommence !
- Cela ne sert à rien que tu te fasses du souci tant que les parlementaires ne sont pas revenus. As-tu des demandes pour moi ?"

A cette question, Lisenn se ressaisit, se rendant compte qu'elle s'apitoyait sur son sort plus qu'autre chose, et hocha la tête. Pendant qu'elle énumérait ses demandes, elle levait ses doigts, un par un. Quand une main entière fut ouverte, elle se tut, et regarda Hya d'un air malicieux. Celle-ci soupira, se plaignant en souriant de ces villageois toujours malades qui, apparemment, prenaient plaisir à venir la tourmenter par le biais de Lisenn avec leurs demandes.


"Alors je récapitule : deux potions pour des problèmes de digestion, une pour des troubles du sommeil, une pour les maux de tête, et une pour la libido, c'est bien ça ?
- Oui, oui !
- Je me demande bien qui a pu oser te réclamer cette dernière...
- ... désolée mais cette personne n'a pas souhaité que tu le saches. Cela dit, elle m'a assuré qu'elle saurait se montrer généreuse si ta potion fonctionnait.
- Comment ça, "si ma potion fonctionnait", s'indigna Hya. Qu'est-ce que c'est que cet hurluberlu qui met mes talents en doute ! Tu vas voir, il ne va pas être déçu du voyage !"

Lisenn ne put retenir un sourire : par bien des côtés, Hya était plus mûre et plus sage que son âge, mais dès qu'on la titillait un peu, elle réagissait comme une enfant, boudant, tirant la langue, ou s'offusquant de la moindre remarque.
Hya se leva d'un bond, et commença à préparer ses potions. Celles pour les problèmes de digestion et les troubles du sommeil étaient déjà prêtes, car on lui en réclamait souvent. Ne restaient que celles pour les maux de tête (également très demandées, mais qui exigeaient des produits frais pour une efficacité optimale) et pour la libido. La jeune femme s'appliqua tout particulièrement à cette dernière, piquée au vif dans ses compétences : la cannelle, le gingembre, le curry et les fraises étaient ses principaux ingrédients. Elle rajouta un soupçon de réglisse pour tonifier le coeur, et de la menthe pour l'haleine. Ainsi, il aura un atout de taille pour aller plus loin qu'un baiser frais, songea-t-elle, moqueuse.

Une demi-heure plus tard, elle avait fini ses deux potions, et les versait dans deux pots en argile qu'elle ferma hermétiquement. Puis, elle sortit, ses bras encombrés par les cinq petits pots, à la recherche de Lisenn. Elle trouva celle-ci en train d'observer Pilgrim et Azalée, qui se chamaillaient gentiment. Lisenn prit les potions, les rangea dans son sac, qu'elle alla porter dans la maison. Lorsqu'elle revient, une lueur de défi brillait dans ses yeux :

"Prête ?
- Prête !, répondit Hya."

Elles coururent vers leurs chevaux, les montèrent rapidement, Hya à cru et Lisenn sur selle, et s'enfoncèrent au galop sur le petit sentier qui les ramenait vers la civilisation. Hya chérissait plus que tout sa solitude, mais cette balade était l'entorse à sa règle : ainsi les villageois qui la croisaient pouvaient constater que celle qui guérissait leurs maux était bien réelle, et non pas une légende. Mais d'elle, ils ne voyaient qu'une silhouette dotée d'une impressionnante chevelure rousse ; en effet, le plus gros de la balade des deux amies consistait en une course poursuite, pour le plus grand bonheur de leurs deux amis et montures, Pilgrim et Azalée.

Comme à leur habitude, ils passèrent tous les quatre au galop devant le village, où quelques-uns aperçurent la crinière de Hya, et entendirent le rire cristallin de Lisenn. Dans ces moments-là, Hya était euphorique. Suffisamment pour oublier quelques instants cette sensation qui la taraudait ces derniers temps : comme si un appel dans un langage émotionnel qu'elle ne comprenait pas l'invitait à une réponse, à chacun de ses battements de cœur. La solitude insoluble qu'elle éprouvait également depuis la mort de ses parents, qui de leur vivant lui avait fait oublier cet appel qui pulsait au même rythme que son cœur. Durant ces balade avec Lisenn, ne faisant plus qu'une avec Azalée, Hya se sentait en paix avec elle-même. Puis la tourmente revenait, sitôt la balade terminée. Jamais jusqu'ici elle n'en avait parlé à Lisenn, et elle ne pensait pas le lui dire un jour : cela ne ferait que la blesser inutilement. Hya chassa ses pensées : elle en perdait le goût de la balade. Elle ferma les yeux quelques instants, laissant le rythme des sabots d'Azalée imprégner ses pensées, puis elle sourit et cria à Lisenn qu'elle n'allait pas rester plus longtemps en tête de cette course poursuite. Elle murmura quelques mots à l'oreille de sa jument et celle-ci accéléra, doublant Pilgrim comme une flèche. Pilgrim, vexé, accéléra à son tour sous les encouragements de Lisenn. Les chevaux coururent côte à côte un moment, puis Azalée reprit le dessus. Quelques instants plus tard, les deux chevaux débouchèrent de la forêt sur la plage. Ils ralentirent progressivement pour s'arrêter à quelques pas de la mer. Hya et Lisenn démontèrent, épuisées d'avoir tant ri et tant crié durant cette chevauchée. Elles marchèrent, pieds nus dans le flux et reflux de la mer, bavardant calmement tout en tenant leurs chevaux par la bride. Elles finirent par revenir chez Hya, par la forêt cette fois. Lisenn récupéra ses paniers vides et son sac, qui contenait les cinq commandes des villageois. Après une brève étreinte, elle dit adieu à Hya et retourna au village.

La solitude s'abattit de nouveau sur Hya. Elle contempla son chez elle silencieusement, et lui trouva un goût d'inachevé, d'incomplet. Puis elle se secoua, fermement décidée à chasser ces idées noires. C'est le moment que choisit Isis pour lui débouler dans les jambes en miaulant à qui mieux mieux. Hya sursauta, manquant de tomber, puis la prit dans ses bras en riant :

"Oui, toi aussi tu m'as manqué, ma toute belle ! Où as-tu donc passé ta journée ? Regarde-toi, tu es toute crottée ! Vraiment, tu ne fais pas honneur à la propreté légendaire des félins ! Aller, viens-là... qu'est-ce que tu vas te faire à dîner pour ce soir ?"


Edit : merci à ma correctrice/relectrice = Candy =^-^=

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L'enfant disparue (part 3)

 



Hya redressa brusquement la tête, et ouvrit les yeux. En suivant le fil de ses pensées, elle s'était assoupie. S'étirant tel un chat, elle se leva et rangea soigneusement ce qu'elle était en train d'écrire, son stylo plume, et enfin, sa chaise, bien en dessous du bureau. Elle jeta un œil par la fenêtre, par pur réflexe, car les rayons de soleil illuminant l'endroit où elle était assise l'instant précédent en disait long sur le temps qu'il faisait. Elle sourit : la météo s'accordait bien avec son humeur. Une douce nostalgie, lumineuse grâce aux souvenirs qui l'envahissaient, la suivait ce jour-là comme son ombre.
Elle sortit de la maison, et alla s'asseoir à l'ombre de l'érable, qui était le plus bel arbre du jardin. C'était une belle journée de printemps, et l'astre solaire jouait de ses rayons, essayant de percer l'épaisse ramure vert tendre de l'imposant végétal. Elle posa sa joue contre l'écorce et se mit à fredonner une douce et envoûtante mélodie. L'arbre sembla s'animer à son contact, balançant son feuillage au rythme du chant de Hya.

Bien qu'absorbée par sa communion avec l'érable, Hya sentit une présence derrière elle. Elle acheva son chant sur une note d'apaisement et d'espoir, puis se tourna vers celle qui l'écoutait, hypnotisée par la douceur de sa voix. Hya ne put s'empêcher de sourire devant le regard bleu océan, un instant perdu, de la jeune femme qui se tenait devant elle. Celle-ci se reprit bien vite, lui sourit, puis rougit. Quand bien même ça n'était pas la première fois qu'elle la surprenait dans le jardin en train de chanter, Lisenn avait toujours l'impression de déranger Hya. Elles se saluèrent par une accolade amicale, puis Lisenn l'emmena à l'avant de la maison, où Pilgrim, le cheval de Lisenn, les attendait bien sagement. Le soleil illuminait la chevelure de Lisenn, et Hya songea que son amie était faite pour le printemps : cette saison semblait avoir été créée pour magnifier la beauté de celle-ci.

"Encore en train de rêver, Hya ?, accusa Lisenn, les yeux rieurs."

Ce fut au tour de Hya de piquer un fard. Pour se redonner contenance, elle demanda avec un air concentré ce que son amie lui avait apporté. Celle-ci allégea Pilgrim de quelques paniers assez lourds, dont elle ôta fièrement les torchons, révélant d'appétissants fruits et légumes. Radis, carottes et pommes de terre nouvelles, asperges, fraises, kiwis et pomelos bataillaient de couleur et de fraîcheur pour attirer l'attention de Hya.

(Le devoir m'appelle, la suite après manger si j'ai le temps j'espère !)
 
 
 
Une suite courte, je sais, ne vous inquiétez pas, je publierai davantage demain dans ce même article ! Vu que ma journée risque d'être pas mal creuse, l'écriture me semble être l'occupation idéale ! A demain donc pour la suite...

EDIT : Nous sommes le 9 août (Saint Amour, bonne fête mon chéri !), et j'ai eu du taff par-dessus la tête toute la journée, et qui plus est sur une mission très importante pour la boîte... Chut, zis is taupe sicrète... bref, la suite, dans le train d'ici une demi-heure (le train pas la note) si j'ai le temps, sinon demain ou samedi, veuillez m'excuser ! (De toutes façons vu le nombre de commentaires (0), ça n'a pas l'air d'être la fin du monde ! xD)

 

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L'enfant disparue (part 2)

 



Part 1 ici.
Chaque tour de roue l'éloignait un peu plus de la maison où il avait vécu tant de belles choses avec Elesbed. Plus d'une fois, il se surprit à vouloir revenir en arrière, s'assurer qu'elle allait bien, ainsi que Hya. Il n'arrivait pas non plus à refouler ce mauvais pressentiment concernant la ville. Avec toutes les explosions qu'ils avaient entendues, à l'abri dans la cave, il ne pouvait ignorer qu'il n'allait pas retrouver la ville dans son état habituel.
Plusieurs kilomètres passèrent. Arthur aperçut les premières maisons de la banlieue. Elles étaient en piteux état : les toits gisaient, en miettes, sur les étages inférieurs, les fenêtres avaient perdues leurs vitres, des fissures crevassaient la plupart des murs porteurs. Un noeud d'angoisse serra le coeur d'Arthur. Si ces maisons étaient dans cet état, qu'allait-il en être de la ville ?

Quelques kilomètres plus loin, il arriva au cœur de la ville. Il contempla, muet de tristesse, ce qu'il en restait. A perte de vue, des ruines se succédaient : peu d'entre elles conservaient leur aspect initial. Quant aux routes, certaines disparaissaient dans les cratères gigantesques provoqués par les bombes. Il se demanda un court instant pourquoi les fameuses bombes atomiques qui existaient depuis la deuxième guerre mondiale n'avaient pas été utilisées. Puis il haussa les épaules et se dit qu'on ne pouvait trouver d'explication à la folie meurtrière des hommes. Il fit le tour des quartiers qu'il connaissait, mais ne vit pas âme qui vive, à part quelques animaux qui erraient parmi les décombres. Il ne put résister au miaulement pitoyable d'un tout jeune chaton noir qui, venant tout juste de s'extirper d'un tas de gravats, appelait faiblement sa mère. Arthur s'arrêta, posa son vélo contre un pan de mur encore debout, et s'approcha du jeune félin. Doucement, il tendit sa main, pour sonder son état de détresse. Le chaton le regarda approcher, méfiant. Arthur s'arrêta, ne bougea plus, et attendit. Au bout d'une minute, le chaton s'était approché, et frottait sa tête contre son pouce en ronronnant doucement. Arthur sourit, le prit contre lui, puis le cala contre sa peau, à l'abri de sa chemise. Il reprit son vélo, et s'éloigna de ce gigantesque cimetière.

Sur la route du retour, il réfléchit : beaucoup de choses risquaient de changer. Quels étaient les dégâts, dans leur pays ? Et dans les autres ? La télévision fonctionnait-elle toujours ? La radio ? Comment allaient-ils se tenir informés ? Pour beaucoup de ces questions, il était trop tôt pour espérer une réponse. Il pédala calmement mais sans traîner sur les quelques kilomètres qu'il lui restait pour rejoindre sa femme et Hya, l'enfant trouvée, qu'il commençait déjà à appeler intérieurement "sa fille".

Lorsqu'il arriva au bout du chemin de terre qui conduisait à leur maison, il aperçut Elesbed dans le jardin, en train de biner la terre, Hya installée confortablement par terre à côté d'elle. Il ne put s'empêcher de sourire... Il ne lui avait encore pas dit que la vie qu'ils menaient jusqu'ici était finie, que déjà, elle, prévoyante, s'occupait du jardin en vue de leurs besoins alimentaires futurs. Délaissant son vélo, il s'approcha d'elle, et la serra fort dans ses bras. Ce n'est que lorsqu'il entendit un miaulement de colère qu'il se rappela le chaton qu'il avait trouvé dans les ruines. Il lâcha Elesbed, se tourna vers Hya, et déposa le chaton près d'elle. Le bébé tendit ses petites mains vers le félin, et lui tira les moustaches. Arthur se rapprocha, alarmé, prêt à intervenir. Les deux paires d'yeux verts se rencontrèrent : chaton et bébé ne se quittaient pas du regard. Au bout d'interminables secondes, la petite créature noire finit par bouger, pour aller se blottir contre Hya, et ronronner de contentement. Hya sourit, mussa son nez contre la fourrure du félin, et s'endormit.

Elesbed et Arthur observèrent cet improbable duo puis échangèrent un regard : ils n'avaient pas finis d'être surpris par ce bébé abandonné au pas de leur porte...

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L'enfant disparue (part 1)

 



Ecrire pour écrire. Ce que Hya faisait constamment. Depuis toute petite, lorsque ses parents vivaient encore, elle s'était découvert cette passion pour la caresse de la plume sur le papier. Hélas, elle n'avait jamais eu d'autre correspondant qu'elle-même.
Bien avant la Troisième Guerre de l'Ancien Monde, ceux qu'elle appelait "ses parents" avaient commencé à faire des stocks de papier. Quantité de cahiers de toutes tailles et rames de papier blanc, quadrillé, de couleur... logeaient aujourd'hui à l'abri de l'humidité, dans la maison qu'ils lui avaient légué à leur mort. Comme s'ils avaient pressenti la fin apocalyptique de ce monde où l'abondance rimait avec indécence, mal répartie qu'elle était entre les différents habitants de la planète.
Lorsque la Troisième Guerre avait éclaté, ils étaient fin prêts. Prêts à tout, sauf au cadeau qui leur tomba du ciel. L'annonce venait juste d'être faite à la télévision (objet que Hya n'avait jamais vu fonctionner), au journal de vingt heures, lorsque des coups résonnèrent contre la porte. Quand Arthur ouvrit la porte, il ne vit personne. Il s'apprêtait à la refermer quand Elesbed l'arrêta par une exclamation : à leurs pieds était posé un couffin. Emue, elle repoussa u nbout de tissu qui cachait ce qu'il y avait à l'intérieur : un bébé, profondément endormi. Avec le couffin, nulle lettre, à part un minuscule morceau de papier portant un message court, d'un seul mot : merci.
Elesbed ne se posa pas davantage de questions : elle prit le couffin et le rentra à l'intérieur, bien au chaud, à l'abri des fraîches nuits d'automne. Arthur tenta bien de s'y opposer, mais c'était trop tard : elle était tombée amoureuse de la frimousse d'ange qu'elle avait aperçue dans le couffin.
Une fois à l'abri des regards indiscrets, ils regardèrent d'un peu plus près l'enfant dont on leur avait confié la vie : celui-ci dormait profondément. Son visage pâle et minuscule, avec ses yeux fermés aux longs cils recourbés, était encadré de boucles rousses, tombant sur son front et ses oreilles. Arthur et sa femme se regardèrent un instant, interdits, puis se sourirent. Cet enfant était celui qu'ils avaient toujours attendu et espéré. Nombre de fois auparavant, ils avaient essayé d'en avoir un, mais sans succès. Celui-ci, avec ses poings minuscules et son visage angélique, venait d'ouvrir avec fracas la porte de leur coeur. C'est ainsi qu'Hya entra dans leur vie.

Hya eut un sourire triste. Ces derniers temps, elle pensait constamment à eux. Ils lui manquaient tellement... Le regard dans le vague, elle se remémora ce qu'ils lui avaient raconté de ses premiers jours avec eux.

Le lendemain matin, ils se dépêchèrent d'acheter tout ce dont un bébé puis un enfant pourrait avoir besoin, ce qui ne s'avéra pas facile : après la déclaration de guerre mondiale de la veille au soir, la population paniquait et envahissait les magasins. Heureusement pour eux deux, Arthur était grand et fort : personne ne se risqua à le contrarier. Une fois rentrés chez eux, ils posèrent leurs achats dans la cuisine, puis retournèrent près du couffin.
L'enfant ne s'était pas réveillé de la nuit, mais là, il les regardait tous les deux, les yeux grands ouverts.
Elesbed caressa doucement la joue du bébé et murmura doucement :
" Comment allons-nous t'appeler, cadeau tombé du ciel ? "

Et, à son grand étonnement, le bébé répondit par un grand sourire et se mit à gazouiller ce qui pouvait ressembler à un prénom : Hya.
La magie du moment fut brisée par un sifflement aigu. Sursautant, Arthur et Elesbed se précipitèrent, qui sur le couffin, qui sur les courses, et coururent se réfugier à la cave. A peine arrivés à la porte de celle-ci qu'ils entendirent une violente explosion. Ils se ruèrent dans l'escalier, en claquant la porte derrière eux. Les bombardements durèrent toute la journée. Enfin, à la nuit tombée, ils cessèrent tout à fait. Prudent, le couple décida d'attendre encore une heure avant de sortir. Ce fut Hya qui commençait à s'agiter qui les persuada de remonter.
La maison tenait toujours debout. Ce qui n'était pas dû uniquement à la chance, car tous deux vivaient éloignés de toute civilisation, en plein bois. Les bombardiers n'avaient sans doute pas remarqué le toit, caché en grande partie par des arbres centenaires. Le couple eut un soupir de soulagement. Ainsi la Nature les remerciait, à sa façon, de tous les bons soins qu'elle avait reçus de leurs mains.
L'électricité de la ville coupée, ils remercièrent à voix haute ce marchand qui, voilà quelques mois, leur avait vanté le mérite d'un générateur autonome en cas de panne de courant. Après qu'Elesbed eût fermé tous les volets, ne permettant ainsi pas à la lumière de trahir une présence, Arthur retourna dans la cave démarrer le générateur. Et la lumière fut, dans leur foyer. Elesbed fit chauffer un biberon pour Hya, tandis qu'Arthur préparait le repas pour eux deux. Le bébé les regardait faire avec curiosité. Elesbed s'étonna :
"Quel étrange petit être, cette Hya. Elle ne crie pas, ne pleure pas, sourit et reste sage. Quel drôle de bébé...
- Oui mon coeur, tu as raison. Nous avons hérité là d'un enfant bien sage, et si ses yeux... ses  yeux ! Regarde ses yeux Elesbed !"

Les yeux du bébé étaient verts. Mais d'un vert qui n'avait rien d'humain. Une couleur intense, lumineuse, le vert qu'avaient les feuilles des arbres au printemps. Hya se mit à rire en tendant ses petites mains potelées vers Elesbed.
"Arthur... qu'importe la couleur de ses yeux. Peu importe ce qu'elle est et d'où elle vient. Le ciel nous a fait ce cadeau, ce bonheur sans nom d'avoir un enfant. Et quel enfant ! Regarde-la ! Peut-on imaginer bébé plus adorable ?, demanda-t-elle en prenant Hya dans ses bras. Non. Mon cœur lui appartient depuis que je l'ai vue, et je sais qu'il en va de même pour toi, quoique tu en dises. Ton air bourru ne peut cacher l'amour qui brille dans ton regard. Aussi, nous allons partager la vie de Hya, avec tout le plaisir que cela nous apporte déjà... Arthur ?
- Bien sûr, ma douce. Comment résister à un aussi joli sourire ?, s'exclama-t-il en planquant un baiser sonore sur la joue de l'enfant."

Hya éclata de rire sous les chatouilles d'Arthur. Pendant le repas, ils remarquèrent ses oreilles légères pointues, et sa peau d'une blancheur éclatante. Après ce copieux dîner, ils couchèrent Hya et rejoignirent leur lit, où ils discutèrent de la nouvelle vie qui les attendait. Ils s'endormirent peu de temps avant l'aube, et ce fut le rire de Hya qui les réveilla : un petit rayon de soleil filtrait à travers les volets, et tombait juste sur son couffin, ce qui la mettait dans cet état de joie. Quelle curieuse enfant, décidément, songea Elesbed.
Leur petit déjeuner avalé, Arthur décidé d'aller faire un tour de reconnaissance en ville, soit vingt kilomètres plus loin. La voiture pouvant être entendue et repérée de loin, il préféra partir à vélo.

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