Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Stieg Larsson

J'ai commencé à le lire jeudi. J'ai eu du mal à rentrer dedans (bon en même temps j'ai commencé à le lire au soleil dans mon jardin, en maillot de bain en train de bronzer. Ce n'était peut-être pas le moment idéal pour me plonger dedans...).
J'ai ramé... les cent premières pages. Je ne voyais pas où l'auteur voulait en venir. Il installait tranquillement ses personnages, sans se presser, mais bon sur presque six cents pages, il pouvait se permettre les cent premières pour que le lecteur se familiarise avec les personnages. Bref.
La sauce a commencé à prendre, mais je ne voyais toujours pas de quoi parlaient les éditeurs concernant le quatrième de couverture (non je ne vais pas spoiler !). Et puis, enfin, le fameux quatrième de couverture a pris tout son sens. Inutile de dire que passées les cent premières pages, vous êtes le nez dedans et pour l'en retirer, vous pouvez y aller !
Je ne sais pas trop dans quelle catégorie le classer : c'est une enquête, menée par un journaliste et une nana championne dans le fouinage toutes catégories, une histoire de famille (enfin je suppose car je ne l'ai pas fini, encore...) qui m'a l'air bien sombre et horrible. Le genre de secrets de famille qu'on n'a pas envie de ressortir du placard.
Ce n'est pas un livre pour les âmes sensibles, il y a quelques passages assez violents. Il y en a, benêts, qui me diront, en quoi du lu peut être violent ? A l'ère du "tout visuel", croyez-moi que la violence écrite garde son impact : les images, si ça terrifie, ça rassure aussi. Alors que les mots, il faut inventer les images qui vont dessus, et croyez-moi, c'est autrement plus suggestif...
Ce livre est suivi de deux autres, avec les mêmes personnages. Je ne peux pas tellement vous en dire plus, étant donné que je n'ai même pas fini le premier, mais si c'est dans la même veine, je vais dévorer également. Un bouquin à ne pas manquer, donc, mais je vous conseille, au prix où sont les livres maintenant, de les emprunter dans une médiathèque ou à des amis (apparemment ils n'existent pas en poche) !
Pour finir, un extrait ! (Un peu long peut-être mais s'il n'était pas entier il perdrait tout son sens...) C'est la première rencontre entre les deux personnages principaux. C'est sans doute un peu du spoil, mais c'est minime par rapport à l'enquête où rien n'est lâché. J'ai trouvé que vous livrer cet extrait était une bonne manière de vous plonger dans l'ambiance mi-humoristique mi-violente de ce roman.
Lisbeth Salander émergea en sursaut d'un sommeil sans rêves. Elle avait une vague nausée. Elle n'avait pas besoin ed tourner la tête pour savoir que Mimmi était déjà partie au boulot, mais son odeur s'attardait dans l'air confiné de la chambre. Elle avait bu trop de bière à la réunion du mardi au Moulin avec les Evil Fingers la veille au soir. Peu avant la fermeture, Mimmi avait surgi et l'avait accompagnée chez elle et dans son lit.
Contrairement à Mimmi, Lisbeth Salander ne s'était jamais considérée comme une vraie lesbienne. Elle n'avait jamais consacré du temps à déterminer si elle était hétéro-, homo- ou peut-être bisexuelle. De façon générale, elle se fichait des étiquettes et estimait que ça ne regardait personne, avec qui elle passait la nuit. S'il avait absolument fallu choisir, sa préférence sexuelle serait allée aux garçons - en tout cas, ils venaient en tête des statistiques. Le seul problème était d'en trouver un qui ne soit pas un débile et qui éventuellement valait quelque chose au lit, et Mimmi représentait un doux compromis incroyablement doué pour l'allumer. Elle avait rencontré Mimmi dans un chapiteau à bière à la Gay Pride un an auparavant et elle était la seule personne que Lisbeth ait présentée aux Evil Fingers. Leur relation s'était maintenue tant bien que mal au cours de l'année mais n'était encore qu'un passe-temps pour toutes les deux. Mimmi était un corps chaud et doux contre lequel se blottir, mais c'était aussi un être humain en compagni duquel Lisbeth pouvait se réveiller et même prendre son petit-déjeuner.
Le réveil sur la table de nuit indiquait 9h30 et elle était à se demander ce qui l'avait réveillée lorsqu'on sonna de nouveau à la porte. Stupéfaite, elle s'assit dans le lit. Personne ne venait jamais sonner chez elle à cette heure de la journée. Et d'ailleurs, quasiment personne ne venait jamais sonner. Mal réveillée, elle s'enroula dans le drap et tituba dans le vestibule pour ouvrir la porte. Elle se trouva nez à nez avec Mikael Blomkvist, sentit la panique envahir son corps et fit malgré elle un pas en arrière.
- Bonjour mademoiselle Salander, salua-t-il joyeusement. Je vois que la soirée a été mouvementée. Puis-je entrer ?
Sans attendre d'y avoir été invité, il franchit la porte et la referma derrière lui. Il contempla avec curiosité le tas de vêtements par terre dans le vestibule et la montagne de sacs de journaux, il jeta un coup d'œil par la porte de la chambre tandis que le monde de Lisbeth Salander se mettait à basculer - qui, quoi, comment ? Très amusé, Mikael Blomkvist regardait sa bouche grande ouverte.
- Je me suis dite que tu n'avais pas encore pris ton petit-déjeuner alors j'ai apporté des bagels. Un au rôti de bœuf, un à la dinde avec moutarde de Dijon et un végétarien avec des avocats. Je ne sais pas ce que tu préfères. Le rôti de bœuf ? Il disparut dans la cuisine et trouva tout de suite la cafetière électrique. Tu le ranges où, le café ? cria-t-il. Salander resta comme paralysée dans le vestibule jusqu'à ce qu'elle entende le robinet couler. Elle fit trois enjambées rapides.
- Stop ! Elle réalisa qu'elle avait hurlé et elle baissa d'un ton. Il n'est pas question que tu rentres comme ça chez les gens, merde ! Ce n'est pas chez toi ici. On ne se connaît même pas !
Mikael Blomkvist arrêta de verser de l'eau dans le compartiment prévu et tourna la tête vers elle. Il répondit d'une voix grave.
- Faux ! Tu me connais mieux que la plupart des gens. N'est-ce pas ?
Il lui tourna le dos et continua à vers l'eau puis commença à ouvrir les pots sur la paillasse.
- D'ailleurs, je sais comment tu fais. Je connais tes secrets.
Lisbeth Salander ferma les yeux et elle aurait voulu que le sol s'ouvre sous ses pieds. Elle se trouvait dans un état de paralysie intellectuelle. Elle avait la gueule de bois. La situation était irréelle et son cerveau refusait de fonctionner. Jamais auparavant elle n'avait rencontré l'un de ses objets d'enquête face à face. Il sait où j'habite ! Il se trouvait dans sa cuisine. C'était impossible. Ça ne devait pas pouvoir arriver. Il sait qui je suis !
Elle se rendit compte soudain que le drap avait glissé et elle le serra davangate autour de son corps. Il dit quelque chose qu'elle commença par ne pas comprendre.
- Il faut qu'on parle toi et moi, répéta-t-il. Mais j'ai l'impression qu'il faudrait d'abord que tu passes sous la douche.
Elle essaya de parler de façon cohérente.
- Dis donc, si tu as l'intention de faire des histoires, ce n'est pas à moi qu'il faut t'en prendre. j'ai fait un boulot. Discutes-en avec mon chef.
Il se planta devant elle et leva les mains, paumes vers l'extérieur. Je ne suis pas armé. Un signe de paix universel.
- J'ai déjà parlé avec Dragan Armanskij. Il veut d'ailleurs que tu l'appelles - tu n'as pas répondu au portable hier soir.
Il s'approcha d'elle. Elle ne ressentit pas de menace mais recula quand même de quelques centimètres quand il frôla son bras et indiqua la porte de la salle de bains. Elle n'aimait pas qu'on la touche sans autorisation, même si l'intention était amicale.
- Tout va bien, fit-il d'une voix calme. Mais il faut absolument que je te parle. Dès que tu seras réveillée, j'entends. Le café sera prêt quand tu seras habillée. Allez. A la douche.
Elle lui obéit sans volonté. Lisbeth Salander n'est jamais sans volonté, pensa-t-elle.
Par Panthère, Mardi 13 Mai 2008 à 21:41 GMT+2 dans De la culture féline (article, RSS)






