Chez Panthere

L'enfant disparue (part 6)

 

 



 

On se rafraîchit la mémoire ? (Tous ces liens s'ouvrent dans une nouvelle fenêtre automatiquement)

 




Elle chercha du regard, éperdue, un visage qu'elle connaissait. Ce qui était peine perdue, car des villageois elle ne connaissait que les noms. Elle descendit du dos d'Azalée, lui caressa doucement le chanfrein en la regardant dans les yeux, essayant de lui transmettre l'urgence et le danger de la situation. La jument comprit et partit se cacher parmi les arbres. Hya savait que celle-ci arriverait au triple galop dès qu'elle l'appellerait. La sachant en sécurité, Hya se préoccupa de celle des villageois, et surtout, de celle de Lisenn. Devant elle, des gens se battaient, et elle ne savait pas qui était dans quel camp. D'autres essayaient sans succès d'éteindre le feu qui engloutissait, vorace, leurs foyers.

Hya s'apprêtait à continuer dans le village, dans l'espoir de trouver Lisenn, quand soudain elle comprit le grondement du feu : "Faim... manger, manger !". Elle se demanda un instant si elle avait les capacités pour lui couper l'appétit, et sentit des mots, dans une langue qu'elle ne connaissait pas, prêts à jaillir de sa bouche. Puis, de nouveau, le feu reprit ses murmures féroces, et quelques secondes plus tard elle courait dans le village, à la recherche de Lisenn.

Elle courait en regardant tout autour d'elle, et finit par heurter quelqu'un. Le choc la fit tomber. Elle se redressa rapidement et se retrouva nez à nez avec un homme à l'air agressif, les lèvres légèrement retroussées, prêt à mordre s'il avait été un animal. A la place de crocs pour se défendre, il tenait un pieu en bois, tout poisseux de sang, qu'il dirigeait vers elle.

Inquiète, elle l'observa sans bouger, et remarqua sa jambe de bois. Ce détail ramena la conversation matinale qu'elle avait eue avec Lisenn dans sa mémoire, et elle tenta le tout pour le tout, voyant qu'il s'approchait d'elle avec l'intention manifeste de la tuer :

"Vous êtes le père de Lisenn ?"

Au nom de sa fille, l'homme perdit son agressivité, et le souci brilla dans son regard. Il la prit par le bras, l'emmena à l'abri des combats les plus proches, et lui demanda sur un ton rude :

"Z'avez vu ma fille ? Z'êtes la sorcière, c'est ça ? Sur le coup, j'vous avais pas r'connue...

- Oui, c'est moi, Hya, la guérisseuse, répondit-elle en insistant sur le dernier mot. Non, je n'ai pas vu Lisenn depuis ce matin. J'ai... j'ai vu le ciel rougir de chez moi, je me suis inquiétée. Où est-elle ?

- Sais pas, grommela-t-il. Y nous sont tombés d'sus en plein dîner, j'vous dis pas le grabuge qu'a suivi. Elle s'est bien défendu, ma p'tite fille, et ma femme aussi, mais on s'est ben vite perdu d'vue. M'a dit qu'elle allait aider les z'aut' à s'défendre. M'fais du mouron pour elle, après tout c'est qu'sa première bagarre...

- Qui attaque ?

- 'vot' avis ? Ces salauds d'Arcancia ! M'ont d'jà pris une jambe y'a dix ans, j'vais pas les laisser m'prendre plus. Qu'y z'y viennent ! Dix ans que j'guette ces bêtes sauvages ! J'savais qu'ils allaient rev'nir ! J'vous ai entraîné ma p'tite et ma grande femmes, mais chais pas c'que ça vaut face à ces brutes. M'en veuillez pas ma'ame, mais y'a mon bâton qui m'démange ! T'nez, z'avez pas l'air d'avoir d'quoi vous défendre ! Faites gaffe à vous, va y avoir besoin d'vous pour les blessés !"

 

Il lui tendit un coutelas, la salua d'un bref hochement de tête, et disparut derrière une maison, un peu plus loin, en direction du feu et des combats. Hya sourit en repensant à ce que Lisenn lui avait dit de son père dans la matinée : à ce qu'elle avait pu en voir, il avait l'air plutôt en forme, et avide de revanche, et certainement pas gêné par sa jambe de bois. Puis ses pensées revinrent sur son amie, et son visage s'assombrit de nouveau. Elle testa le tranchant du coutelas sur son pouce, et s'étonna de voir une goutte de sang. Bien affuté, songea-t-elle. Elle abhorrait la violence, mais elle savait que ce soir, elle allait devoir faire une croix sur son amour du pacifisme. Elle sentit monter en elle la colère contre la violence, cette violence qui demandait la violence en réponse, et qui répandait terreur, peine, et douleur sur son passage. Sa respiration s'accéléra, sa main se crispa sur son arme, ses traits se durcirent.

Elle retourna vers les combats et reprit ses recherches, plus que jamais déterminée à retrouver son amie saine et sauve. A force de parcourir le village, elle finit par apercevoir ses beaux cheveux blonds, qui semblaient oranges à la lueur de l'incendie. Celle-ci se battait à une contre trois, et semblait avoir de plus en plus de difficultés à garder ses adversaires en retrait. Hya courut dans sa direction aussi vite qu'elle put, mais pas assez vite pour parer le coup qui toucha son amie à l'épaule. Celle-ci s'effondra sous le rire narquois de ses ennemis. Une rage folle prit Hya qui se précipita vers eux en hurlant.

 

Les trois Arcancians tournèrent la tête vers elle, et ce qu'ils virent leur firent une peur bleue : un démon aux traits féminins, la peau brillant comme mille feux, les yeux d'un vert anormal, et des cheveux de feu qui semblaient voler autour de sa tête, fondait sur eux avec un cri à faire pâlir le plus courageux de leurs comparses. Ils n'eurent pas le temps de prendre la fuite : elle sauta sur le premier, et lui planta son arme dans la gorge. Tandis que celui-ci s'étouffait dans son propre sang, elle attrapa le second par la natte, qui lui tournait le dos et tentait de s'enfuir, et lui brisa la nuque en imprimant une rotation peu naturelle à sa tête. Le dernier, qui s'était éloigné d'une dizaine de pas, se pétrifia soudain et porta la main à sa poitrine. Hya, debout à côté de son amie, serrait son poing gauche avec une telle force qu'elle en saignait. Le dernier Arcancian vivant du trio s'effondra à son tour, victime d'une violente crise cardiaque.

 

La fureur meurtrière de Hya se calma nette. Elle s'accroupit à côté de son amie, tâta avec douceur son épaule. La douleur fit gémir Lisenn, mais celle-ci demeura inconsciente. Hya la prit dans ses bras et se mit à marcher sans peine, comme si celle-ci n'était pas plus lourde qu'une plume. Peu de temps après, elle se retrouva dans la rue principale du village. Autour d'elle, tout n'était que feu, sang, et combats. Des larmes commencèrent à rouler sur ses joues : toute cette violence la rendait malade. "Assez", dit-elle, "ASSEZ !!!", cria-t-elle.

Les combats s'arrêtèrent net. Tous tournèrent la tête vers elle. Quand les Arcancians virent qu'elle était seule, et qui plus chargée d'une femme évanouie, ils se mirent à rire, puis ils la chargèrent en vociférant.

Hya les regarda se rapprocher d'elle avec surprise. Elle avait pensé, avec naïveté, que son cri aurait stoppé cette folie meurtrière : elle s'était trompée. Sa colère flamba de plus belle. Sa peau se mit à luire de nouveau, ses yeux devinrent vert phosphorescent, et ses cheveux flottèrent autour de sa tête. "ARRÊTEEEEZ !!!!", hurla-t-elle.

L'herbe autour d'elle se consuma et noircit, et les guerriers les plus proches prirent feu. Les autres, effrayés par cette diablerie et les cris de terreur de leurs compagnons d'arme, s'enfuirent sans demander leurs restes.

Les habitants du village la regardèrent, incrédules. Puis les premiers cris de joie et de soulagement retentirent. Hya, épuisée, ne put tenir debout plus longtemps : elle tomba par terre, inanimée, entraînée dans sa chute par le poids de Lisenn.

 

Vos commentaires

1 Le Lundi 7 Janv 2008 à 12:16, par Lelf

Bon, je te l'ai déjà dit sur msn, mais j'ai bien aimé cette partie, même plus que certaines d'avant. Le rythme est bien géré (je suis super à cheval sur le rythme si tu n'as pas encore remarqué ^^).
J'ai encore mieux réussi à visualiser la scène que d'habitude, mouvements, décors, couleurs...

Ai-je encore besoin de réclamer la suite ? :p
(On t'exploite hein ? ^^)

2 Le Lundi 7 Janv 2008 à 20:19, par Mélimélo

Ca va pas être original, comme commentaire. Mais... la suiiiiiiiite !!
Et +1 sur Elsa...

3 Le Lundi 7 Janv 2008 à 23:38, par Muriel

J'aime beaucoup ce passage où quelqu'un qui a horreur de la violence se voit obligée d'y avoir recours. ça m'est arrivé, pour me défendre (évidemment pas à ce point-là, très loin de là) : c'est le genre d'expérience dont tu ne te remets jamais tout à fait. Je trouve que tu le décris très bien. Et évidemment, comme tout le monde, j'ai vraiment hâte de lire la suite ;-)

4 Le Mardi 8 Janv 2008 à 17:51, par anne

Le mystère s'épaissit autour de Hya...le monde dans lequel elle évolue s'étoffe et devient de plus en plus intéressant! (très bons dialogues, l'accent paysan y est très bien retranscrit ^^)
Où as-tu trouvé cette photo? elle semble avoir été créée pour ton personnage...
Continue comme ça ma belle!

5 Le Mardi 8 Janv 2008 à 22:34, par Panthère

Lelf, ça faisait des mois que cette suite me trottait dans la tête... je vivais et revivais des dizaines de fois ces quelques moments, et j'ai fini par trouver les mots pour l'écrire ! Je suis heureuse que ça se soit ressenti. Merci !

Mélimélo, peut-être pas "original" mais ça me donne envie d'écrire la suite de savoir que ça intéresse quelques lecteurs :) J'aime l'idée de pouvoir faire voyager comme je voyage dans ma tête. Merci.

Muriel, je suis contente que ça se soit senti qu'elle faisait ça dans un grand état de détresse et ne pouvant faire autrement, pour défendre la personne en vie la plus proche d'elle. Merci pour tes encouragements !

Anne, heureuse que tu aies remarqué l'accent paysan, je me suis bien amusée pour le faire. J'avais la voix du personnage dans ma tête ^^ Merci également d'avoir repéré le détail de la photo... Comme mon héroïne est rousse aux yeux verts, et avec les oreilles pointues, en plus, ça n'a pas été facile, mais j'avais déjà une piste. Je me souvenais de cette affiche de cinéma pour un film (nul) adapté d'un bouquin (pas mal compte tenu de l'âge de l'écrivain pour le premier tome : 17 ans) : Eragon. Après j'ai découpé la photo pour n'avoir que l'elfe du film. Je trouve qu'elle correspond très bien au personnage de Hya, qui n'est pas humain. On devine le côté sauvage ici.
Ca faisait des mois que j'avais remarqué la beauté de cette femme et je suis contente d'avoir réussi à la caser quelque part !
Merci pour tes encouragements (au passage : lire tes écrits me manque de plus en plus ;)) !
Gros bisous et à très bientôt !

6 Le Mercredi 9 Janv 2008 à 12:59, par Lelf

Aaaaaaaaah, c'est donc çaaaaa : l'elfe de Eragon ! Mais bien sûr !
Maintenant tout s'éclaire ^^

7 Le Vendredi 11 Janv 2008 à 11:05, par zaboo

J'avoue ne pas être assez réveillée pour tout lire...........
mais je venais te faire un gros bisou

8 Le Dimanche 13 Janv 2008 à 22:31, par Meuble

Hé béh ! C'est une Elfe de Sang du côté obscur, ta Hya, en fait ^^ ! Bon, sinon, comme d'hab, la suite, toussa toussa...

Ah, et puis faut que tu m'expliques :
"lui caressa doucement le chanfrein en la regardant dans les yeux"
1) chanfrein, kesako
2) comment tu regardes un cheval dans les yeux oO ?? Y en a un de chaque côté de la tête ! Pour le regarder dans les deux yeux en même temps, va falloir vachement plier la tête du canasson !

9 Le Dimanche 13 Janv 2008 à 23:01, par Lelf

Meuble, le chanfrein c'est ce qu'il y a entre les deux yeux :p
Et je pense que si tu regardes le cheval d'une certaine distance tu dois pouvoir voir les deux yeux non ? Enfin j'ai pas vu de cheval de près depuis pas mal de temps aussi...

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