L'enfant disparue (part 5)


Cet arbre l'apaisait énormément, elle ne savait pas pourquoi. Peut-être parce qu'il tenait à elle autant qu'elle tenait à lui. Chaque créature a son rythme de vie et elle, à ses yeux, ne devait être l'équivalent que d'un battement de cœur : c'est du moins ce que devait faire comme impression une vie humaine à la vie végétale de cet arbre. Le seul problème est qu'elle se devinait non-humaine, bien qu'en ayant les principaux traits : deux bras, deux jambes, une tête, deux yeux, deux oreilles, une bouche, pas de fourrure, des cheveux... mais elle était plus gracile que la moyenne, ses yeux avaient un éclat qu'elle n'avait jamais rencontré ailleurs, ses oreilles étaient pointues contrairement à celles de ceux qu'elle avait pu rencontrer. Et ses cheveux d'un roux éclatant n'avaient rencontré nul égal. Elle était "plus" qu'un être humain moyen. Et ce plus la gênait. Parce qu'elle sentait que le problème était précisément là. Si elle n'était pas humaine, qu'était-elle ? Pourquoi n'avait-elle jamais rencontré un autre comme elle ? Etait-elle la dernière de sa race ? Qui étaient ses parents biologiques, et pourquoi l'avaient-ils abandonnée sur le pas de la porte d'Elesbed et d'Arthur ?
Les questions se pressaient, toujours plus nombreuses, dans la tête d'Hya. Elle se boucha les oreilles, se balança lentement d'avant en arrière, et finit par s'adosser à l'érable. Une étrange mélodie se fit entendre. Elle se redressa d'un coup, alerte, cherchant d'où elle pouvait bien provenir. Le silence fit écho à sa question muette. Elle se radossa, et la mélodie reprit de plus belle. Elle ne sursauta pas, cette fois-ci. Elle comprit que c'était l'arbre qui cherchait à la calmer et à l'envelopper dans une atmosphère rassurante. Ce n'était pas la première fois qu'elle ressentait une réaction de l'arbre à sa présence, mais jamais encore il n'avait chanté pour elle. Elle se laissa bercer jusqu'à s'assoupir.
Elle se réveilla en sursaut. Il y avait quelque chose dans l'air, comme une menace, un danger qui se profilait et se rapprochait à chaque seconde qui passait. Elle se leva d'un bond, tournant sur elle-même pour essayer de comprendre pourquoi ce pressentiment l'étreignait si fort. Son cœur battait sourdement dans sa poitrine. La nuit était tombée entretemps, et les étoiles brillaient dans le ciel. La tête tournée dans la direction de la ville, cette sensation étrange l'étreignit un peu plus fort. Le danger viendrait de là-bas..., songea-t-elle. Elle pensa à Lisenn et à la conversation qu'elles avaient eue le matin-même et n'hésita pas plus longtemps : Arcancia avait peut-être décidé d'attaquer, finalement, contre tout bon sens !
Elle se mit à courir, à la recherche d'Azalée : il n'y avait pas une seconde à perdre ! Elle finit par la trouver, en train de se reposer un peu plus loin. Elle posa la main sur son encolure pour lui transmettre l'urgence de sa demande. La jument s'éveilla instantanément, et quelques secondes plus tard, elles partaient toutes deux ventres à terre, en direction de la ville.
A mesure qu'elles se rapprochaient, Hya vit le ciel se colorer de teintes rouges ondoyantes. L'urgence fit battre son cœur encore plus vite, et elle pressa davantage Azalée. Puis ce fut une odeur de brûlée qui lui agressa les narines. Elle enfonça ses talons dans les flans de son amie, qui accéléra encore un peu plus. Enfin, elle arriva en vue du village.
Tout n'était que flammes et cris. L'incendie dévorait les maisons avec un appétit vorace, et personne ne s'en préoccupait : Hya distingua dans l'éclat rougeoyant du feu l'éclat des armes qui s'entrechoquaient.
Par Panthère, Mardi 20 Nov 2007 à 21:09 GMT+2 dans Plume en patte (article, RSS)








