Mon coeur sur un plateau
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La première fois que j'ai offert mon coeur sur un plateau à un garçon (en amitié, je répète, cela dit sans réduire la grande valeur de ce mot.), il l'a accepté avec insouciance et légèreté, sans bien se rendre compte, je crois, du cadeau que je lui faisais...
J'aurais voulu qu'il comprenne la valeur de ce don, et qu'il me montre la fierté qu'il éprouvait face à la confiance que je lui accordais, et l'amour (amical) que je lui portais. J'avais à l'époque 17 ans...
Aujourd'hui, j'en ai 22. Et il y a peu, j'ai mis de nouveau mon coeur sur un plateau pour un ami (pas le même, vous vous en doutez) qui m'est devenu très cher. Je suis en plein apprentissage d'extériorisation de mes sentiments, j'ai donc essayé comme j'ai pu de lui montrer la force de mon attachement et l'importance qu'il revêtait à mes yeux. C'était difficile car, non seulement j'avais du mal à exprimer mon amour (amical), mais en plus s'y ajoutait la craint qu'il prenne ce sentiment si fort à la légère comme mon précédent ami l'avait fait. C'est donc pleine d'appréhension que j'ai envoyé ma lettre dactylographiée (pour le face à face, je ne suis pas encore assez forte !). J'ai reçu une réponse rapide en retour (parce qu'il était sur le point de partir), qui a soulagé une grande partie de mon inquiétude. Je pense qu'il a parfaitement compris la profondeur de mes sentiments et la valeur que j'attachais à sa réponse, c'est pourquoi il a pris le temps de répondre, même en étant pressé. Pour ça, je le remercie. Merci de n'avoir pas pris cela à la légère, merci d'avoir trouvé les mots pour m'apaiser, sans pour autant l'avoir fait consciemment. C'est là que j'ai pu voir se confirmer mon soupçon d'une grande sensibilité cachée derrière une bonne dose d'humour et d'esprit mal placé.
Je remercie également son âme d'enfant de m'avoir rappelé de ne pas trop me prendre au sérieux, de ne pas devenir complètement adulte/sérieuse/coincée (au choix, ou les trois à la fois !). Oui, la prochaine fois que tu monteras les escalators à l'envers, non seulement je te suivrais, mais ce sera au premier arrivé ! Promis, la prochaine fois je monte sur un plot et je crie "Kiwi !" en te voyant approcher, sans considération pour les gens aux yeux ronds autour. Juré, je la ferai cette livraison de bisous, quand bien même nous sommes tout deux des handicapés émotionnels amicalement parlant.
Je t'adore et tiens beaucoup à toi...
Ceci est une déclaration d'amitié. A ceux qui y verraient autre chose, je n'aurais qu'une chose à dire : je donne mes chaudoudoux à qui je veux, tant pis pour les jaloux ! Na...
Le conte des chaudoudoux
Claude Steiner, psychologue américain, collègue et amie d'Eric Berne, le fondateur de l'analyse transactionnelle, est à l'origine du Conte cuad et doux des chaudoudoux, un best-seller aux Etats-Unis, un livre à succès de la prenne enfantine française qui plaît aussi aux adultes. Dans un pays lointain, les gens vivent heureux. Ils portent, accroché à leur ceinture, un sac de petites boules duveteuses appelées chaudoudoux, parce qu'elles font chaud et doux. Chaque fois qu'une personne a envie d'un chaudoudoux, elle le demande. L'autre plonge la main dans son sac et le lui offre.
Métaphore des marques d'attention que nous échangeons et qui nous remplissent de bien-être, les chaudoudoux sont inépuisables. Tout cela ne fait pas l'affaire de la vilaine sorcière qui ne vend ni ses philtres ni ses pilules ! Elle décide de créer la pénurie en soufflant à l'oreille d'un villageois l'idée que les chaudoudoux. "Si ta femme donne ses chaudoudoux à n'importe qui, il n'y en aura plus pour toi." Jalousie, doute, suspicion apparaissent... Le mari commence à surveiller sa femme, qui contrôle ses enfants... Très vite, tout le village est atteint. Les gens hésitent à s'échanger des chaudoudoux. En manque, ils sont de plus en plus tristes et hargneux, tombent malades, se flétrissent et meurent. La sorcière vend ses philtres à tour de bras, mais rien n'y fait. Comme elle ne désire pas perdre toute sa clientèle au profit du cimetière, elle invent un procédé. Elle offre aux villageois des sacs de froid-piquants. Ce sont de petites boules qui ressemblent vaugement aux chaudoudoux, mais quand on les reçoit, on se sent froit et on a mal. Les gens commencent à s'échanger les froid-piquants... Ils ne meurent plus, mais consomment abondamment les pilules et les philtres de la sorcière.
Dans l'histoire de Steiner, Julie Doudou survient. C'est une femme courageuse et belle qu isait parler aux enfants et qui n'a jamais entendu parler de la pénurie de chaudoudoux. Elle en donne librement à tous sous les yeux des villageois stupéfaits. Elle sourit beaucoup, on se ent bien avec elle, elle fait des câlins aux enfants. Ceux-ci l'adorent. Et recommencent à s'échanger des chaudoudoux gratuitement, facilement, pour le plaisir. Voyant cela, les adultes méfiants se mettent à produire des règles et des lois pour réglementer les échanges de chaudoudoux... Le conte s'arrête sur une question, quel sera l'avenir ?
J'adore ce conte... Je ne sais pas ce que vous, vous en tirez comme leçon, mais de mon côté ça me pousse à sourire davantage aux gens. Oui, j'ai peur que mes sourires soient mal interprétés, mais bon qui ne risque rien n'a rien... Oh, et au passage, ce conte me fait fortement penser à Chocolat, avec Johnny Depp et Juliette Binoche (l'air principal est de Satie d'ailleurs :p), que je vous recommande vivement ! Un de mes films fétiches...
Rire avec ou rire de...
"J'ai l'impression que je n'ai pas droit au bonheur, me confie Thérèse. Même quand tout va bien, dans les moments où tout le monde s'amuse, je suis mal à l'aise, je n'arrive pas à me sentir heureuse. Mon mari me reproche de ne pas savoir rire."
L'aptitude à ressentir et exprimer la joie est fonction de l'intensité et de la fréquence des câlins partagés. Un bébé rit quand on le chatouille, quand on joue à cache-cache. Son visage explose de joie dans le contact. Un bébé rit avec vous. La plupart des adultes aiment les bébés. On peut les embrasser, les caresser, les chatouiller, faire tout ce qu'on n'ose plus faire avec les daultes mais dont on a tant envie et besoin. Le rire d'un tout-petit n'est jamais moqueur. C'est un si beau rire, un rire pur, un rire de complicité, d'intimité. Les bébés ne rient pas des gens, ils rient avec les gens. Ce qui les fait éclater de rire, c'est la relation. Ils adorent le jeu de coucou, les papouilles, les regards qui se cherchent.
Un peu plus grands, les enfants rient de courir ensemble, de se fuir et de s'attraper, de se chamailler, de se chercher et se trouver. Ce sont des rires de partage, des rires avec. Adolescent, ils rient encore, de tout et de rien, ils partent dans de grands fous rires communicatifs. ils rient d'être en bande, ils rient d'être ensemble. Ils éclaboussent de leur complicité les grandes personnes qui ne savent plus s'amuser. Celles-là, pour se défendre, jugent "bête" le rire des jeunes. Les adultes souvent ne savent plus rire ensemble, de rien, juste de complicité, d'intimité. Il leur faut des blagues, ils rient des autres ou d'eux-mêmes.
On entendire que les enfants sont durs, méchants les uns avec les autres, qu'ils ne ratent pas celui qui est plus petit, plus roux, plus mal habillé, plus gros que les autres. Ils se moquent de la brebis différente. Mais est-ce là l'attitude naturelle d'un enfant heureux et à l'aise en lui-même ? Ce type de comportement n'apparaît pas dans des milieux acceptants. On se moque pour se défendre, pour protéger son identité. Si celle-ci est solide, on n'épourve pas le besoin de rabaisser les autres. Se moquer implique une distance à autrui, c'est une défense contre d'autres sentiments, la gêne devant la souffrance, la timidité devant la différence, la peur de l'intimité, le besoin de contrôler devant la perte des repères. S'amuser aux dépens d'autrui, c'est se palcer en situation de supériorité, donc se sentir plus fort, se rassurer sur soi. Beaucoup de boute-en-train, de comiques, de gens qui font rire les autres sont des personnes vraiment très insécurisées quant à leur identité et à leur capacité à être aimées.
Raconter des blagues dans une soirée est une façon d'éviter l'intimité. On "rigole bien". En fait, les histoires drôles permettent de ne pas parler de soi, de ne pas faire face au silence qui, peut-être, risquerait de s'installer, de ne pas se confronter au peu de sens de sa vie, au peu de choses intéressantes sur soi à échanger. Ce rire-là n'est pas un rire de joie. Si l'humour, les jeux de mots et les blagues non dévalorisantes sont des sources de plaisir et de connivence, leur utilisation abusive est un paravent. Et, s'il y a un humour sain, il y a un humour malsain. Les blagues dites cochonnes ou les blagues méchantes et dévalorisantes pour une partie de l'humanité (les femmes, les homosexuels, les juifs, les Arabes, les Noirs...), comme toute expression de mépris, sont une manifestation de la répression d'une partie de soi, d'une honte intérieure, de sentiments blessés. C'est le sentiment d'humanité en soi qui est coupé.
Je ne suis pas du tout d'accord pour les blagues cochonnes... Bon bien sûr après ça dépend lesquelles, il y en a des vraiment lourdingues et sexistes, mais moi dont c'est la spécialité, je ne me sens pas honteuse ni blessée dans mes sentiments quand je fais ces blagues-là... A classer dans l' "humour sain", alors...
Sinon ce qu'elle dit sur les boute-en-train est tellement juste ! D'ailleurs j'en connais qui correspondent mot pour mot à ce qu'elle raconte ! D'accord aussi sur "raconter des blagues dans une soirée est une façon d'éviter l'intimité". Ce qui est valable aussi pour une conversation tout court, sans soirée, avec un ami ou son amoureux. Je pourrais nommer l'ami à qui je fais ma déclaration ci-dessus, d'ailleurs
Je désespère pas un jour d'aller au-delà de cette carapace, d'ailleurs. Parce qu'un homme qui s'ouvre ce n'est pas un homme en état de vulnérabilité, je trouve ! En tout cas ce n'est pas moi qui frapperai en plein coeur. Etant donné que mon coeur est sur le plateau, comme je dis... je partage la crainte !
Jouer et faire la fête
"Je devais avoir quatre ans, raconte Nicolas. J'étais allongé par terre, je faisais rouler mes petites voitures. Je les revoir encore. Tout à coup, j'ai vu deux immenses chaussures près de mon nez. J'ai levé les yeux. Un homme me regardait, il a dit : "Tu as de la chance de savoir jouer comme ça !" J'étais interloqué : "Vous ne savez pas jouer ?" Il me regardait toujours du haut de sa taille : "J'ai su, mais j'ai oublié." J'ai eu beaucoup de tristesse pour lui, j'ai considéré mes voitures et je me suis fait la promesse de ne jamais oublier. J'ai trente-cinq ans et je n'ai pas oublié, je sais encore jouer en m'allongeant par terre avec des petites voitures, et toutes sortes de choses."
Combien d'entre nous savent encore jouer ? Nombre de parents lisent des histoires à leurs enfants, leur offrent des jouets électroniques qui s'animent et qui "jouent tout seul". Ils regardent le robot marcher ou écoutent la poupée dire maman, mais il s n'arrivent pas à s'asseoir par terre auprès de leurs enfants pour jouer "pour semblant" à la marchande, à l'école ou au garage. Certains disent "Je n'ai pas que ça à faire", d'autres avouent "Je m'ennuie". En fait, ils s'agit là encore d'une fiddiculté avec l'intimité. Ces parents ne savent plus jouer. Certains n'ont jamais su, d'autres ont oublié.
Les adultes ne savent plus courire et tournoyer autour des arbres en chantant, grimper sur un plot de stationnement et faire al circulation à leurs enfants, disputer une bataille de boules de neige, jouer à se prousuivre dans le métro ou faire du slalom en criant dans une foule. "Ca ne se fait pas" ou "Ce n'est plus de mon âge". S'ils sont invités à un bal costumé, ils portent leurs déguisements sous le bras et ne s'habillent qu'en arrivant sur place, de peur qu'on ne les regarde dans la rue. "Il faut donner une image de respectabilité." Quand on est tellement peu sûr d'être vraiment adulte à l'intérieur de soi, on tient aux apparences !
Voilà l'extrait qui explique une partie de ma tirade sur le côté enfantin dans ma déclaration plus haut. "Il faut donner une image de respectabilité", c'est exactement ça que je ressentais récemment. Je me fais la promesse d'arrêter d'étouffer l'enfant en moi comme je le faisais jusqu'ici !
Pas le temps ce soir et puis dans cette note ça changerait totalement l'état d'esprit, je vous raconte mon week-end demain, il vaut le détour ! :p
NB : En bleu, des extraits de L'intelligence du coeur, encore... (rappel, d'Isabelle Fillozat)
Par Panthère, Dimanche 9 Septembre 2007 à 20:50 GMT+2 dans Panthère au Kiwi ! (article, RSS)







