Les sentiments, le couple, la société...
Attention, note consistante qui fait chauffer les neurones... Prévoyez un peu de glace 
Je parle du couple et du respect l'un de l'autre, de l'image de la femme, des colères mal contrôlées... bref, si vous voulez en savoir plus, venez !

Chacun dans sa vie s'est senti au moins une fois animé d'une pulsion destructrice envers l'autre, d'un désir de le soumettre, de le molester... Nous avons tous eu des envies de meurtre, des envies de faire disparaître le responsable de nos souffrances, d'éliminer un rival... Nous vivons tous des pulsions de haine, de racisme, de fascisme... Mais, dans l'immense majorité des cas, nous ne passons pas à l'acte.
Nous sommes parfois tentés de permettre à la tension psychique de s'échapper un peu. Nous n'allons pas jusqu'à tuer... mais il nous arrive d'infliger des blessures morales sinon physiques. D'autant que la colère nous offre une couverture. "Tu comprends, j'étais furieux..." Etonnamment, dans une société qui réprime les affects, l'émotion passe pour une excuse. Être fâché vous ôte la responsabilité de ce que vous dites et faites ! Même en cour d'assises, plaider le passionnel vous gagne la sympathie des jurés. Non, la colère ne doit pas constituer une justification de la violence. Comme le samouraï lève son sabre plutôt que de regarder en lui la racine de sa colère, la violence infligée à autrui est un processus passif, un refus ou une incapacité d'accès à la responsabilité de ses sentiments, de ses comportements ou de ses pensées.
Le violent ne veut en général assumer aucune responsabilité, ni quant à l'origine du problème, ni quant à ses besoins, ni quant aux moyens qu'il utilise pour régler le différend. Pour lui, c'est toujours l'autre le responsable. C'est l'enfant qui a provoqué, c'est l'autre qui s'est montré menaçant, qui a regardé de travers. "Travaillant à Sarcelles et dans les autres banlieues de la région parisienne, je n'ai vu et entendu partout que des victimes, que des gens qui estimaient faire de leur mieux et pour le plus juste. Personne ne s'est revendiqué comme bourreau et oppresseur et, au contraire, chacun se justifiait de ses actes et accusait les autres", dit Charles Rojzman. Personne n'aime à se voir violent.
=> Dans ce texte je reconnais certaines personnes de mon entourage qui sont incapables de se retenir de hausser la voix, de dominer l'autre par la colère. Et aussi de dire des choses qu'elles regrettent après. Je pense aussi à Gabi qui disait que dire des horreurs sous le coup de la colère n'était pas une excuse. Je la rejoins... C'est pour ça que quelque part je suis contente de ne pas arriver à l'extérioriser pleinement. Parce que des fois, je suis tellement en rage que je serais capable de tout !
On ne peut désirer l'autre que lorsqu'on est deux. Quand chacun tente de devenir ce qu'il imagine que l'autre attend de lui, quand chacun se perd lui-même pour se conformer à une image, quand les conflits sont systématiquement évités, l'individu n'existe plus, le désir meurt. Ce n'est peut-être pas par hasard que beaucoup de couples se réconcilient sur l'oreiller après avoir déclenché une dispute. Est-ce à dire que le manque de désir qui s'installe peu à peu dans les couples pourrait être lié à de la colère non exprimée ? Oui, d'expérience de thérapeute, c'est souvent le cas. Cependant, les sentiments de rancœur ne sont plus conscients, puisque refoulés.
Vous vous changez pour l'autre ? Vous choisissez vos vêtements en fonction de lui (d'elle) ? Vous n'allez plus voir que des films qui lui plaisent ? Vous ne cuisinez que ce qu'il (elle) aime ? Vous devenez un prolongement de lui (d'elle). Comment avoir du désir pour lui (elle) puisqu'il (elle) est devenu une partie de vous ? D'autant qu'à vous conformer ainsi, vous niez une partie de votre personnalité, et accumulez inconsciemment du ressentiment ; une distance se crée, mais celle-là n'est pas propice aux rapprochements amoureux. Une certaine modélisation est inévitable dans un couple qui s'aime. D'une part on a envie de faire plaisir à l'autre, d'autre part, par un processus sur lequel nous reviendrons, la synchronie vient encore emmêler les choses. En effet, deux personnes vivant ensemble vont avoir tendance à se mettre au diapason, au rythme l'une de l'autre. S'affirmer dans ses désirs, conserver des différences de goût, rester soi-même dans la relation ne vas pas de soi. Une attention particulière, ainsi que des mises au point régulières sont nécessaires.
=> C'est quelque chose que je n'ai compris que récemment : quand on s'aime, qu'on veut aller de l'avant et rester ensemble un long moment, il ne faut pas se fondre l'un dans l'autre, ni essayer de toujours faire plaisir à l'autre en s'oubliant. Non, il faut rester soi, et permettre à l'autre d'être lui. J'ai fait cette erreur dans mon précédent couple, on en a été malheureux tous les deux. Je me suis écrasée, et je lui en voulais de m'écraser pour lui, et de ne pas s'écraser lui aussi pour mieux correspondre à mes idéaux. Aujourd'hui, je ne veux pas tomber dans la même erreur. Alors vive le dialogue... J'ai des envies, des rêves qui ne vont pas forcément avec le caractère de mon homme, ou sa façon de voir la vie à deux. Mais je suis décidée à les défendre, parce qu'ils font partie de moi. De son côté, j'ose espérer qu'il ne refreine pas ses rêves. Je ne veux plus m'aplatir, être quelqu'un que je ne suis pas. J'ai du caractère, mais je veux trop faire plaisir aux gens, ou plutôt, ne pas les blesser ni les décevoir. Ca doit changer, ça a commencé à changer... je sais avec certitude ce que je veux, et rien ne me détournera de ma route. Même si je suis totalement ouverte au dialogue et prête à expliquer (et non pas à justifier...) mes choix...
La leçon du Petit Prince
L'amour entraîne la responsabilité. Comme le renard l'explique au petit prince, apprivoiser, c'est créer des liens, et "tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé".
Responsable ? Le mot dérive du latin respons, qui signifie répondre de. Aimer, c'est répondre de la relation. Plus concrètement, cela signifie être attentif aux besoins psychiques de l'autre. Non pas les prendre en charge, mais les respecter, les écouter et leur donner réponse. Aimer, c'est faire attention à notre façon de traiter l'autre.
La communication est l'écoute mutuelle sont des conditions nécessaires à l'éclosion et surtout à l'entretien d'un amour authentique.
L'amour est indissociable du respect. Il n'est pas compatible avec l'humiliation. Je me souviens d'avoir été profondément choquée par l'attitude d'un homme vis-à-vis de sa femme lors d'un repas. Devant tout le monde, il l'a traitée de "conne" puis de "pauvre idiote". Comme je lui exprimais mon malaise devant cette façon d'insulter sa femme, il me répondit que c'était affectueux ! Il lui parlait toujours comme cela et cela ne voulait pas dire qu'il ne l'aimait pas... En réalité, il ne l'aimait pas, mais ne le savait pas encore. Il avait eu du désir pour cette femme, il avait éprouvé une certaine forme d'affection, il avait pris l'habitude de vivre avec elle, elle lui était familière. Plus tard, il est tombé amoureux d'une autre femme. Pour la première fois de sa vie, à soixante et un ans, il a connu l'amour. Ses insultes envers son épouse lui sont alors apparues pour ce qu'elles étaient, des manifestations de frustration et de colère.
Le mot respect est dérivé du latin respicere, qui signifie regarder. Le respect n'est pas un devoir moral, mais un mouvement intérieur spontané qui signifie l'amour. C'est la capacité à voir la personne telle qu'elle est, c'est être conscient de son unicité, c'est désirer de la voir s'épanouir selon ses propres désirs et voies, et non selon nos projets. Sinon, ce n'est plus de l'amour, c'est de l'exploitation. On peut faire des projets avec les autres, pas sur les autres. "Je veux qu'il fasse du football, me dit Pierre à propos de son fils. Il n'aime pas ça, mais je le force, j'aurais tellement aimé en faire à son âge."
L'exemple paraît caricatural, il est pourtant authentique. Combien de parents veulent ainsi diriger l'avenir de leurs enfants ? Roger a tout fait pour inciter sa fille à enter dans la fonction publique comme lui. Yves continue d'avoir du mal à admettre que son fils devienne archéologue plutôt que professeur de mathématiques ou comptable.
Dans un couple, les mêmes tendances de contrôle sur la vie de l'autre peuvent se profiler. Olga en a assez de vivre en vase clos dans la maison, elle veut se réaliser socialement, s'inscrire dans le monde du travail... Leurs enfants ont cinq et neuf ans. Mais Patrick a peur de la voir s'émanciper. Il tente de la dissuader pour la conserver à son service. Elle s'occupe de lui sur le plan matériel puisqu'elle assure la totalité de la charge ménagère, mais aussi, et probablement surtout, elle est au service de ses besoins affectifs. Tant qu'Olga est dépendante de lui financièrement, Patrick peut se permettre de dépendre d'elle émotionnellement.
Dans le couple de Roland et Sabrina, c'est celle qui freine. Il voudrait monter son entreprise, elle le persuade de rester dans la fonction publique. Elle met en avant la sécurité financière, au-delà de cela, elle a peur qu'il ne prenne trop d'autonomie, de confiance en lui... Pourquoi ? Elle s'estime si peu que la perspective de voir son mari s'épanouir en dehors d'elle la terrifie. Elle a peur de ne plus être à la hauteur.
Tant que nous avons besoin de l'autre pour combler nos manques, ce que nous appelons amour est mâtiné de Canada Dry - ça ressemble à de l'amour, ça a le goût de l'amour, mais ce n'est pas de l'amour. Aimer, c'est s'ouvrir à la réalité de l'autre, tel qu'il est, sans chercher à le rendre conforme à nos attentes, c'est l'encourager dans sa voie, même si elle n'est pas la nôtre, tout en respectant et exprimant nos besoins propres, bien entendu.
La gratitude est aussi une facette incontournable de l'amour vrai. Comme le respect, ce n'est pas non plus un devoir moral, mais un élan issu de l'intérieur. Quand on est heureux avec quelqu'un, on ressent de la gratitude à son égard. Non pas tant pour tel geste ou telle parole, mais tout simplement parce qu'il existe et nous offre de vivre tout ce bonheur.
=> J'ai eu de la chance d'avoir des parents qui m'ont laissée choisir mon avenir. Pour ça, je ne les remercierai jamais assez. Auparavant, j'avais besoin d'une âme sœur pour me sentir moins seule, pour me soutenir, pour m'échapper de chez moi, et tout un tas d'autres raisons... une façon comme une autre de combler des manques ou des besoins. Pourtant je peux assurer que je l'ai aimé ! Aujourd'hui, j'ai la chance de n'avoir plus aucun manque (enfin je le crois), et d'aimer mon homme sans Canada Dry. J'espère juste qu'il va de même dans l'autre sens...
Vers une sexualité épanouie
Le sexe est encore tabou, malgré le Minitel rose, la multiplication des partenaires et les allusions érotiques quasi permanentes dans l'environnement. Il est devenu un produit de consommation, et on l'évoque comme tel. La réalité de ce qui se passe dans l'intimité se dissimule sous une pudeur marquée de doutes et de culpabilité. Peu osent discuter avec leurs amis (ou même avec leur partenaire) de ce qu'ils ressentent au lit. Sourires gênés ou rires gras accompagnant les blagues cochonnes servent un même but : maintenir le tabou. Une des activités les plus importantes de la vie humaine est presque totalement passée sous silence. Comment s'étonner alors qu'elle soit le lieu de tous les fantasmes ? Une des plus grandes sources de joie et de jouissance terrestre est fréquemment empreinte de violence et marquée par les rapports de force. D'où vient que la sphère du plus intime rapprochement entre deux êtres soit le lieu de tant de haine ? Qu'est-ce qui a permis la perversion de l'amour ?
Peurs
On dit que l'homme a peur de la femme, que sa sexualité mystérieuse et puissante le fascine mais aussi l'intimide. Il lui faut la contrôler pour ne pas être dépassé. La fusion amoureuse ressemble à la symbiose maternelle dans laquelle nous avons baigné à l'aube de notre vie. S'y abandonner serait perdre ses repères, voire son identité... Si la mère a été ambivalente, violente ou captatrice, faire l'amour devient compliqué pour la femme comme pour l'homme. L'homme pénètre, il lui faudrait dominer cette femme trop puissante qui risquerait de l'avaler ou de le détruire. La femme doit laisser l'autre la pénétrer, avec tout le danger fantasmatique de détérioration de son intérieur. La peur de se laisser aller, de lâcher prise, est en relation avec les expériences du début de la vie. Puis-je faire confiance à cet autre ? Puis-je le laisser entrer en moi, pénétrer mon intimité ? La peur, pour demeurer inconsciente, n'en est que plus virulente. Elle s'exprime par des symptômes divers, éjaculation précoce ou impossible, frigidité, vaginisme, impuissance, donjuanisme (il séduit mais ne passe pas à l'acte), pornographie, sexe permanent. Certains hommes, qui se vantent d'adorer les femmes, ne peuvent en aimer une. Ils font jouir leurs conquêtes avec doigté, certes, mais ils ne lâchent pas le contrôle, de peur d'être absorbés dans le monde féminin. Cette terreur se double d'une grande agressivité contre la mère, elle aussi tapie dans l'inconscient. Certaines mères ont pu être trop fusionnelles. Insatisfaites dans leur couple, elles ont pu reporter leurs attentes affectives sur leur fils, sans jamais réussir à lui dire clairement ce qu'il avait besoin d'entendre : "Non, je ne me marierai, ni ne ferai jamais l'amour avec toi." D'autres ont été carrément maltraitantes. Nombre d'hommes ressentent le besoin irrépressible - dans le fantasme ou dans la réalité - d'avilir la femme, de la posséder, de la salir, l'utilisant en fait comme outil de vengeance.
Nombre de femmes se retiennent, se contrôlent, pensent à autre chose en simulent l'orgasme pour plaire à leur partenaire. Elles ont été blessées dans leur corps et/ou dans leur âme. Trop nombreux sont les pères abuseurs, ceux qui ont séduit, touché, utilisé leur fille pour leurs besoins propres, ou ceux qui ne lui ont jamais dit : "Non, je ne me marierai, ni ne ferai jamais l'amour avec toi." Mais la difficulté des femmes à atteindre l'orgasme peut aussi être en relation avec le lien à la mère. Quelle intimité a-t-elle pu partager avec elle ?
Qui a appris à faire l'amour ? On ne parle pas de ces choses-là ou alors sur le registre grivois... L'éducation sexuelle que nous distillons à nos enfants aujourd'hui dans les écoles reste très technique et centrée sur la procréation. Les dimensions du désir et du plaisir restent le plus souvent absentes du discours des professeurs comme celui des parents.
=> Je tenais à dédicacer cet extrait à des amis pour qui le sexe est apparemment une évidence, une chose simple et naturelle dont ils savent apparemment beaucoup de choses à leur jeune âge (aux alentours de 22 ans selon les amis). Est-ce une spécialité masculine de se vanter à ce sujet ? Prétendre tout savoir "oui bien sûr qu'il faut être à l'écoute de sa partenaire pour la faire jouir, qui ne sait pas ça ?" et après peut-être découvrir tout étonné que la partenaire simulait (là je m'adresse aux hommes en général, pas à mes amis...).
Donc messieurs mes amis, ne prétendez pas tout savoir, par pitié. D'une part, je ne me moquerai pas si vous m'avouiez un jour ne pas savoir telle chose ou "mal en faire une"... tout simplement parce que de mon côté j'en apprends tous les jours, par divers moyens (pratiques comme théoriques). Encore récemment j'ai été rassurée sur certaines choses que je pensais anormales chez moi. Non, je n'ai pas honte de le dire (même si je n'irais pas jusqu'à en dire la nature, c'est intime tout de même !), alors s'il vous plaît, arrêtez de prétendre que le sexe est une chose naturelle, et sans tabou. Sinon un jour, je vous promets que nous aurons une conversation sans cachotteries, et je ne serai pas la première à me taire par pudeur ou gêne, je vous le garantis !
Le péché originel
La sexualité est à l'origine de toute vie humaine. En Occident, qui dit origine dit Genèse et péché originel. Depuis Adam et Eve, la sexualité est marquée du sceau du Malin. Certaines traductions de la Bible nous invitent à croire que c'est un péché de chair qui a chassé les deux premiers humains du paradis. La femme, porteuse de la tentation, est dénoncée coupable. L'homme, incapable de lui résister, est décrété non responsable de ses actes.
Antérieure à Eve, est Lilith, la première femme créée par Dieu égale à l'homme. "Homme et femme il les créa." On trouve différentes versions de l'histoire de Lilith mais, dans toutes, elle manifeste une sexualité trop puissante et exprime son autonomie. Consciente d'avoir été créée égale, elle refuse la domination d'Adam, ce qu'il supporte mal. Elle part avec Satan. Dieu crée alors une autre créature, plus docile, pour le pauvre Adam, à partir d'une de ses côtes. (Mais Lilith reviendra tenter Adam quand il sera lassé d'Eve.)
Depuis longtemps, il semble que les hommes projettent leurs désirs "coupables" sur la femme, l'accusant d'être la tentatrice hantée par le désir de la chair, celle qui provoque. C'est donc la femme qui est responsable (coupable) de l'excitation qu'elle éveille. Il faut la punir. L'Inquisition s'y est employée. Lancée par une bulle du pape Innocent VIII, la chasse aux "sorcières" commence en 1484. (Elle durera en France jusqu'à la révolution de 1789 ! Et en Espagne jusqu'en 1820 !) Dans le Maleus Maleficarum, on trouve cette phrase édifiante : "Toute sorcellerie vient des passions charnelles qui, dans les femmes, sont insatiables." La chose est claire et entendue ! Grâce à l'équation femme = sexe = sorcière, une simple dénonciation est suffisante pour prouver la culpabilité de la suspecte. L'accusée est torturée jusqu'à ce qu'elle signe une confession préparée par l'inquisiteur, dans laquelle elle avoue commercer avec Satan et se livrer à des pratiques obscènes. La signature est récompensée par la mort par simple strangulation. Celles qui persistent à clamer leur innocence sont brûlées vives. Comment tant d'abus ont-ils été possibles et comment ont-ils pu durer si longtemps ? Ils servaient l'ordre patriarcal.
=> Ah, Lilith... je l'adore ! Sinon vous remarquerez que cette partie revient sur une note que j'ai fait récemment sur "Le sexe fort, le sexe faible"... Ce paragraphe me révolte et à la fois me donne envie de hurler de joie, de voir que je ne suis pas la seule à penser ainsi... quel soulagement !
J'ai dit que j'appréciais grandement la figure Lilith pour le fait qu'elle s'assume, qu'elle ait une sexualité totalement épanouie, et enfin qu'elle soit l'égale d'Adam et pas soumise à lui comme l'est Eve... Vous saviez que Lilith était brune et Eve blonde ?
(C'est sans doute pour ça que la majorité des mecs préfère les blondes aux brunes...)
Puritanisme et patriarcat
"Le puritanisme accompagne toujours et partout toute dictature, qu'elle soit militaire, politique ou religieuse. L'énergie sexuelle réprimée alimente un fanatisme dont l'idéologie en place a un besoin absolu pour se maintenir et conquérir", dit Ernest Borneman. Toutes les sociétés matristriques (Ce terme caractérise un type d'organisation sociale dominée par les éléments maternels. Je me réfère aux conceptions de Borneman, je cite : Le terme matriarcat est incorrect parce que la racine grecque archos, monarque, semblerait indiquer que, dans une organisation de ce type, la mère règne et exerce sa domination. Or il n'en est rien. Toutes les civilisations que Lewis Henry Morgan, qui a popularisé cette expression, décrit dans ses travaux se distinguent précisément par le fait que les mères n'utilisent pas le pouvoir latent dont elles disposent au sein du clan ou de la tribu pour établir une domination sur leurs maris, leurs pères ou leurs fils. C'est très précisément en cela que ces systèmes se différencient du patriarcat, lequel constitue au contraire un authentique système de domination.) sont pacifiques et égalitaires. On n'y décèle ni rang, ni classe, ni hiérarchie. La fin du néolithique voit apparaître la propriété privée et le vol, le pouvoir des hommes et la hiérarchie, les guerres. Cinq millions d'années d'égalité sexuelle ont laissé la place à une ère de compétition, de conquête et de possession. Le patriarcat est né avec la transmission par héritage. Pour s'assurer la fidélité de sa femme, seul gage de sa paternité sur les enfants qu'elle met au monde, l'homme a inventé le mariage et fait passer son message : "Une femme est faite pour avoir des enfants et servir son mari." Le patriarcat n'a eu de cesse que de commander aux femmes de renier leurs corps, d'étouffer leurs désirs, et de se soumettre à l'autorité mâle. Il a réussi à tel point qu'encore aujourd'hui on entend nombre de femmes soutenir avec conviction que les hommes ont davantage de désir et de besoins sexuels qu'elles. Alors que la réalité physiologique est exactement inverse. Chaque orgasme accompagné d'une éjaculation fatigue l'homme, qui, même très viril, n'en peut plus après trois ou quatre éjaculats. La femme dite "multi-orgasmique", plus elle a d'orgasmes, plus ils sont forts, et plus elle peut en avoir. Mais on ne peut sentir le manque de ce qu'on ne connaît pas. L'excision n'a pas été nécessaire en Occident pour rendre les femmes "sages", l'ignorance a suffi. Kinsey, Masters et Jonhson, puis Gräfenberg (et Ladas, Whipple, Perry), enfin Kitzinger, ont lancé d'énormes pavés dans la mare. Le MLF a permis un bref instant aux femmes de se réapproprier leur corps en les informant et en leur permettant de parler vrai avec les copines. Depuis, tout cela est retombé dans l'oublie. Le corps des femmes est redevenu objet de séduction, objet de désir... et de consommation.
Sous-informées, culpabilisées et convaincues qu'il est normal pour une femme d'avoir peu d'envie, la plupart ne recherchent même pas l'éveil de leur potentiel. D'autant que, c'est bien connu, une femme qui éprouve trop de plaisir est une salope. La libération sexuelle a fait évoluer les choses, mais le nombre de femmes qui simulent l'orgasme est encore tout simplement effarant (et ce même parmi les don juanes). Il est vrai qu'il est plus facile de déclencher l'orgasme masculin. Si l'homme se contente de se mettre sur la femme et d'aller et venir en elle plus ou moins brutalement, on comprend qu'elles s'ennuient et finissent par décréter ne pas aimer ça. Elles ne peuvent même pas imaginer à quelles jouissances prétendre en étant plus respectueuses d'elles-mêmes, et plus actives. Les femmes, interdites de jouissance et de puissance, sont devenues objets. De nos jours, nombreux sont encore les hommes qui ne supportent pas qu'une femme soit sexuellement active. Comme Nicolas le dit, "une femme qui monte sur moi, ça me coupe tout". S'il n'a pas le pouvoir, il est impuissant ! La répression de la sexualité féminine a du même coup obligé l'homme à refouler la sienne. Sa sexualité est devenue "instrumentale", au service d'un plaisir physique qui exclut la dimension relationnelle, la communication, l'intimité. L'homme a lui aussi perdu sa puissance.
Quelle cause sert donc tant de répression sexuelle ? Il est bien connu que la passion amoureuse nous détourne de tout. Carrière, entreprise, argent et même conventions sociales... Rien de tout cela ne revêt plus guère d'importance aux yeux des amants, qui n'ont qu'un désir, fusionner. Imaginez un instant l'état de la société si l'amour habitait les cœurs ? Lorsqu'on se sent puissant dans son cœur et dans son corps, les jeux de pouvoir du social perdent de leur attrait. Quand on a goûté à l'intimité, on n'a plus envie de jouer ni le dominant ni le dominé. L'angoisse qui nous poussait à consommer toujours plus ou à gagner encore davantage n'est plus là. Et quand toute une économie est fondée sur le jeu de pouvoir... Il faut prévenir ce désastre ! Tout notre système éducatif s'y emploie : réprimer les pulsions, les désirs, la créativité personnelle, apprendre aux enfants à se conformer, à obéir, à se soumettre, faire taire leurs émotions.
=> Là encore on revient sur ma fameuse note "Sexe fort, sexe faible"... vous apprécierez un texte plus construit que le mien et qui apporte quelques précisions sur les sociétés non pas matriarcales comme je le disais mais matristriques. Egalité totale entre homme et femme... pourquoi est-ce que cela a changé ? Comment en est-on arrivé à aujourd'hui, où la femme commence tout juste à sortir de ce carcan où l'homme l'a enfermée ?
Tous les extraits que vous avez pu lire ci-dessus en rose sont extraits de L'intelligence du cœur d'Isabelle Filliozat. Ca donne envie de tout lire, vous ne pensez pas ? Vraiment un excellent bouquin...
Par Panthère, Vendredi 7 Septembre 2007 à 16:08 GMT+2 dans Félins et félines (article, RSS)






