L'enfant disparue (part 4)

Félicitations, c'est une fille !
Trêve de plaisanteries, j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer : aujourd'hui au bureau, j'ai écrit la suite de l'Enfant disparue (non non pas la fin, loin de là !)... et je vais vous la mettre en ligne ce soir entre 19h30 et 22h (le temps d'en écrire un peu plus dans le train !), donc je conseille aux accros d'aller jeter un oeil de temps en temps à cet horaire-là pour voir si c'est mis en ligne.
Sinon, pour ceux et celles qui débarquent et souhaitent lire le début, dans ma colonne à droite, cliquez sur la rubrique "Plume en patte", et vous trouverez votre bonheur...
A ce soir, fidèles (enfin je l'espère...) lecteurs !
L'Enfant disparue (part 4) :
Celle-ci échangea un regard avec son amie : elle l'avait gâtée ! Rien que l'idée de préparer de futurs plats avec ces fruits et légumes, elle salivait à l'avance. Avec un air pensif, elle songea que son commerce avec les habitants des villages voisins se portait bien, et que, si elle l'avait souhaité, elle aurait pu vivre dans l'opulence. Mais la simplicité de sa vie la contentait, et ses parents l'avaient toujours éduquée dans ce sens. Elle vivait très heureuse ainsi, en contact avec la Nature, ses seuls amis non végétaux étant Lisenn, Isis sa belle chatte noire qu'elle connaissait depuis toujours, et Azalée sa jolie jument à robe isabelle.
Après avoir échangé un sourire complice, elles rentrèrent toutes les deux dans la maison. Par habitude, Lisenn leva la tête vers le plafond : aux poutres apparentes pendaient herbes en tous genres, chapelets d'oignons, fleurs séchées... Cette vision la faisait rêver et la mettait parfois un peu mal à l'aise : par certains côtés, Hya ressemblait vraiment à une sorcière ; une belle et gentille sorcière, cela dit, avec un coeur en or et qui était la bonté même. Mais elle avait du caractère, suffisamment pour imposer sa solitude aux villageois qui la sollicitaient par l'intermédiaire de Lisenn. Celle-ci reprit ses esprits, et suivit Hya vers le coin cuisine. Elle s'assit sur un haut tabouret en bois, et s'accouda au bar, pendant que son amie préparait le thé et amenait des gâteaux confectionnés la veille. Quelques minutes plus tard, elles bavardaient, confortablement installées sur leurs sièges. Lisenn aborda les derniers potins du village :
"A Rienna, il ya de nouvelles rumeurs à propos de raids d'Arcancia.
- Ah ? Pourtant, nous avions un accord avec Arcancia, non ? Stopper les pillages et s'entraider ! Que s'est-il passé pour que ces rumeurs circulent à nouveau ?
- Elophanté, le chef du village Arcancia, est mort hier. C'est son fils, Eviro, qui a pris sa place, et il est dévoré d'ambition : personne ne sait s'il résistera à l'envie d'agrandir ses terres, et par conséquent, nous annexer !
- Hmmm... Les parlementaires sont déjà partis là-bas pour désamorcer le conflit ?
- Oui, et on n'a pas encore eu de nouvelles d'eux.
- C'est inquiétant, en effet, mais il vaut mieux ne pas extrapoler. Rienna n'est pas un village de guerriers, mais il sait se défendre quand l'ennemi menace ses villageois. Je pense qu'Eviro est suffisamment sage pour prendre cette information en compte, et se tenir tranquille. Ce sont sa jeunesse et son envie de gloire qui le poussent, mais je suis persuadée qu'il n'est pas assez bête pour ne pas voir l'avantage de cette alliance, et par conséquent, souhaiter la garder.
- Tu as sans doute raison. J'aimerais avoir ton calme... Je m'inquiète pour mes parents, le dernier raid, même s'il remonte à dix ans, ne leur avait pas réussi... Je ne veux pas qu'il y laisse sa deuxième jambe, cela a déjà été tellement dur pour lui ! Ma mère a dû, pendant un long moment, tenir pour deux. Oui, ça a été difficile pour eux deux, et pour rien au monde je ne voudrais que cela recommence !
- Cela ne sert à rien que tu te fasses du souci tant que les parlementaires ne sont pas revenus. As-tu des demandes pour moi ?"
A cette question, Lisenn se ressaisit, se rendant compte qu'elle s'apitoyait sur son sort plus qu'autre chose, et hocha la tête. Pendant qu'elle énumérait ses demandes, elle levait ses doigts, un par un. Quand une main entière fut ouverte, elle se tut, et regarda Hya d'un air malicieux. Celle-ci soupira, se plaignant en souriant de ces villageois toujours malades qui, apparemment, prenaient plaisir à venir la tourmenter par le biais de Lisenn avec leurs demandes.
"Alors je récapitule : deux potions pour des problèmes de digestion, une pour des troubles du sommeil, une pour les maux de tête, et une pour la libido, c'est bien ça ?
- Oui, oui !
- Je me demande bien qui a pu oser te réclamer cette dernière...
- ... désolée mais cette personne n'a pas souhaité que tu le saches. Cela dit, elle m'a assuré qu'elle saurait se montrer généreuse si ta potion fonctionnait.
- Comment ça, "si ma potion fonctionnait", s'indigna Hya. Qu'est-ce que c'est que cet hurluberlu qui met mes talents en doute ! Tu vas voir, il ne va pas être déçu du voyage !"
Lisenn ne put retenir un sourire : par bien des côtés, Hya était plus mûre et plus sage que son âge, mais dès qu'on la titillait un peu, elle réagissait comme une enfant, boudant, tirant la langue, ou s'offusquant de la moindre remarque.
Hya se leva d'un bond, et commença à préparer ses potions. Celles pour les problèmes de digestion et les troubles du sommeil étaient déjà prêtes, car on lui en réclamait souvent. Ne restaient que celles pour les maux de tête (également très demandées, mais qui exigeaient des produits frais pour une efficacité optimale) et pour la libido. La jeune femme s'appliqua tout particulièrement à cette dernière, piquée au vif dans ses compétences : la cannelle, le gingembre, le curry et les fraises étaient ses principaux ingrédients. Elle rajouta un soupçon de réglisse pour tonifier le coeur, et de la menthe pour l'haleine. Ainsi, il aura un atout de taille pour aller plus loin qu'un baiser frais, songea-t-elle, moqueuse.
Une demi-heure plus tard, elle avait fini ses deux potions, et les versait dans deux pots en argile qu'elle ferma hermétiquement. Puis, elle sortit, ses bras encombrés par les cinq petits pots, à la recherche de Lisenn. Elle trouva celle-ci en train d'observer Pilgrim et Azalée, qui se chamaillaient gentiment. Lisenn prit les potions, les rangea dans son sac, qu'elle alla porter dans la maison. Lorsqu'elle revient, une lueur de défi brillait dans ses yeux :
"Prête ?
- Prête !, répondit Hya."
Elles coururent vers leurs chevaux, les montèrent rapidement, Hya à cru et Lisenn sur selle, et s'enfoncèrent au galop sur le petit sentier qui les ramenait vers la civilisation. Hya chérissait plus que tout sa solitude, mais cette balade était l'entorse à sa règle : ainsi les villageois qui la croisaient pouvaient constater que celle qui guérissait leurs maux était bien réelle, et non pas une légende. Mais d'elle, ils ne voyaient qu'une silhouette dotée d'une impressionnante chevelure rousse ; en effet, le plus gros de la balade des deux amies consistait en une course poursuite, pour le plus grand bonheur de leurs deux amis et montures, Pilgrim et Azalée.
Comme à leur habitude, ils passèrent tous les quatre au galop devant le village, où quelques-uns aperçurent la crinière de Hya, et entendirent le rire cristallin de Lisenn. Dans ces moments-là, Hya était euphorique. Suffisamment pour oublier quelques instants cette sensation qui la taraudait ces derniers temps : comme si un appel dans un langage émotionnel qu'elle ne comprenait pas l'invitait à une réponse, à chacun de ses battements de cœur. La solitude insoluble qu'elle éprouvait également depuis la mort de ses parents, qui de leur vivant lui avait fait oublier cet appel qui pulsait au même rythme que son cœur. Durant ces balade avec Lisenn, ne faisant plus qu'une avec Azalée, Hya se sentait en paix avec elle-même. Puis la tourmente revenait, sitôt la balade terminée. Jamais jusqu'ici elle n'en avait parlé à Lisenn, et elle ne pensait pas le lui dire un jour : cela ne ferait que la blesser inutilement. Hya chassa ses pensées : elle en perdait le goût de la balade. Elle ferma les yeux quelques instants, laissant le rythme des sabots d'Azalée imprégner ses pensées, puis elle sourit et cria à Lisenn qu'elle n'allait pas rester plus longtemps en tête de cette course poursuite. Elle murmura quelques mots à l'oreille de sa jument et celle-ci accéléra, doublant Pilgrim comme une flèche. Pilgrim, vexé, accéléra à son tour sous les encouragements de Lisenn. Les chevaux coururent côte à côte un moment, puis Azalée reprit le dessus. Quelques instants plus tard, les deux chevaux débouchèrent de la forêt sur la plage. Ils ralentirent progressivement pour s'arrêter à quelques pas de la mer. Hya et Lisenn démontèrent, épuisées d'avoir tant ri et tant crié durant cette chevauchée. Elles marchèrent, pieds nus dans le flux et reflux de la mer, bavardant calmement tout en tenant leurs chevaux par la bride. Elles finirent par revenir chez Hya, par la forêt cette fois. Lisenn récupéra ses paniers vides et son sac, qui contenait les cinq commandes des villageois. Après une brève étreinte, elle dit adieu à Hya et retourna au village.
La solitude s'abattit de nouveau sur Hya. Elle contempla son chez elle silencieusement, et lui trouva un goût d'inachevé, d'incomplet. Puis elle se secoua, fermement décidée à chasser ces idées noires. C'est le moment que choisit Isis pour lui débouler dans les jambes en miaulant à qui mieux mieux. Hya sursauta, manquant de tomber, puis la prit dans ses bras en riant :
"Oui, toi aussi tu m'as manqué, ma toute belle ! Où as-tu donc passé ta journée ? Regarde-toi, tu es toute crottée ! Vraiment, tu ne fais pas honneur à la propreté légendaire des félins ! Aller, viens-là... qu'est-ce que tu vas te faire à dîner pour ce soir ?"
Edit : merci à ma correctrice/relectrice = Candy =^-^=
Par Panthère, Mardi 28 Août 2007 à 17:04 GMT+2 dans Plume en patte (article, RSS)









