L'enfant disparue (part 1)
Bien avant la Troisième Guerre de l'Ancien Monde, ceux qu'elle appelait "ses parents" avaient commencé à faire des stocks de papier. Quantité de cahiers de toutes tailles et rames de papier blanc, quadrillé, de couleur... logeaient aujourd'hui à l'abri de l'humidité, dans la maison qu'ils lui avaient légué à leur mort. Comme s'ils avaient pressenti la fin apocalyptique de ce monde où l'abondance rimait avec indécence, mal répartie qu'elle était entre les différents habitants de la planète.
Lorsque la Troisième Guerre avait éclaté, ils étaient fin prêts. Prêts à tout, sauf au cadeau qui leur tomba du ciel. L'annonce venait juste d'être faite à la télévision (objet que Hya n'avait jamais vu fonctionner), au journal de vingt heures, lorsque des coups résonnèrent contre la porte. Quand Arthur ouvrit la porte, il ne vit personne. Il s'apprêtait à la refermer quand Elesbed l'arrêta par une exclamation : à leurs pieds était posé un couffin. Emue, elle repoussa u nbout de tissu qui cachait ce qu'il y avait à l'intérieur : un bébé, profondément endormi. Avec le couffin, nulle lettre, à part un minuscule morceau de papier portant un message court, d'un seul mot : merci.
Elesbed ne se posa pas davantage de questions : elle prit le couffin et le rentra à l'intérieur, bien au chaud, à l'abri des fraîches nuits d'automne. Arthur tenta bien de s'y opposer, mais c'était trop tard : elle était tombée amoureuse de la frimousse d'ange qu'elle avait aperçue dans le couffin.
Une fois à l'abri des regards indiscrets, ils regardèrent d'un peu plus près l'enfant dont on leur avait confié la vie : celui-ci dormait profondément. Son visage pâle et minuscule, avec ses yeux fermés aux longs cils recourbés, était encadré de boucles rousses, tombant sur son front et ses oreilles. Arthur et sa femme se regardèrent un instant, interdits, puis se sourirent. Cet enfant était celui qu'ils avaient toujours attendu et espéré. Nombre de fois auparavant, ils avaient essayé d'en avoir un, mais sans succès. Celui-ci, avec ses poings minuscules et son visage angélique, venait d'ouvrir avec fracas la porte de leur coeur. C'est ainsi qu'Hya entra dans leur vie.
Hya eut un sourire triste. Ces derniers temps, elle pensait constamment à eux. Ils lui manquaient tellement... Le regard dans le vague, elle se remémora ce qu'ils lui avaient raconté de ses premiers jours avec eux.
Le lendemain matin, ils se dépêchèrent d'acheter tout ce dont un bébé puis un enfant pourrait avoir besoin, ce qui ne s'avéra pas facile : après la déclaration de guerre mondiale de la veille au soir, la population paniquait et envahissait les magasins. Heureusement pour eux deux, Arthur était grand et fort : personne ne se risqua à le contrarier. Une fois rentrés chez eux, ils posèrent leurs achats dans la cuisine, puis retournèrent près du couffin.
L'enfant ne s'était pas réveillé de la nuit, mais là, il les regardait tous les deux, les yeux grands ouverts.
Elesbed caressa doucement la joue du bébé et murmura doucement :
" Comment allons-nous t'appeler, cadeau tombé du ciel ? "
Et, à son grand étonnement, le bébé répondit par un grand sourire et se mit à gazouiller ce qui pouvait ressembler à un prénom : Hya.
La magie du moment fut brisée par un sifflement aigu. Sursautant, Arthur et Elesbed se précipitèrent, qui sur le couffin, qui sur les courses, et coururent se réfugier à la cave. A peine arrivés à la porte de celle-ci qu'ils entendirent une violente explosion. Ils se ruèrent dans l'escalier, en claquant la porte derrière eux. Les bombardements durèrent toute la journée. Enfin, à la nuit tombée, ils cessèrent tout à fait. Prudent, le couple décida d'attendre encore une heure avant de sortir. Ce fut Hya qui commençait à s'agiter qui les persuada de remonter.
La maison tenait toujours debout. Ce qui n'était pas dû uniquement à la chance, car tous deux vivaient éloignés de toute civilisation, en plein bois. Les bombardiers n'avaient sans doute pas remarqué le toit, caché en grande partie par des arbres centenaires. Le couple eut un soupir de soulagement. Ainsi la Nature les remerciait, à sa façon, de tous les bons soins qu'elle avait reçus de leurs mains.
L'électricité de la ville coupée, ils remercièrent à voix haute ce marchand qui, voilà quelques mois, leur avait vanté le mérite d'un générateur autonome en cas de panne de courant. Après qu'Elesbed eût fermé tous les volets, ne permettant ainsi pas à la lumière de trahir une présence, Arthur retourna dans la cave démarrer le générateur. Et la lumière fut, dans leur foyer. Elesbed fit chauffer un biberon pour Hya, tandis qu'Arthur préparait le repas pour eux deux. Le bébé les regardait faire avec curiosité. Elesbed s'étonna :
"Quel étrange petit être, cette Hya. Elle ne crie pas, ne pleure pas, sourit et reste sage. Quel drôle de bébé...
- Oui mon coeur, tu as raison. Nous avons hérité là d'un enfant bien sage, et si ses yeux... ses yeux ! Regarde ses yeux Elesbed !"
Les yeux du bébé étaient verts. Mais d'un vert qui n'avait rien d'humain. Une couleur intense, lumineuse, le vert qu'avaient les feuilles des arbres au printemps. Hya se mit à rire en tendant ses petites mains potelées vers Elesbed.
"Arthur... qu'importe la couleur de ses yeux. Peu importe ce qu'elle est et d'où elle vient. Le ciel nous a fait ce cadeau, ce bonheur sans nom d'avoir un enfant. Et quel enfant ! Regarde-la ! Peut-on imaginer bébé plus adorable ?, demanda-t-elle en prenant Hya dans ses bras. Non. Mon cœur lui appartient depuis que je l'ai vue, et je sais qu'il en va de même pour toi, quoique tu en dises. Ton air bourru ne peut cacher l'amour qui brille dans ton regard. Aussi, nous allons partager la vie de Hya, avec tout le plaisir que cela nous apporte déjà... Arthur ?
- Bien sûr, ma douce. Comment résister à un aussi joli sourire ?, s'exclama-t-il en planquant un baiser sonore sur la joue de l'enfant."
Hya éclata de rire sous les chatouilles d'Arthur. Pendant le repas, ils remarquèrent ses oreilles légères pointues, et sa peau d'une blancheur éclatante. Après ce copieux dîner, ils couchèrent Hya et rejoignirent leur lit, où ils discutèrent de la nouvelle vie qui les attendait. Ils s'endormirent peu de temps avant l'aube, et ce fut le rire de Hya qui les réveilla : un petit rayon de soleil filtrait à travers les volets, et tombait juste sur son couffin, ce qui la mettait dans cet état de joie. Quelle curieuse enfant, décidément, songea Elesbed.
Leur petit déjeuner avalé, Arthur décidé d'aller faire un tour de reconnaissance en ville, soit vingt kilomètres plus loin. La voiture pouvant être entendue et repérée de loin, il préféra partir à vélo.
Par Panthère, Mardi 31 Juil 2007 à 14:37 GMT+2 dans Plume en patte (article, RSS)

? veut la suite, moi ^^ !!






