
Ceci est le petit bijou que j'ai croqué au petit déjeuner. Bon, je vous rassure, je ne l'ai pas mangé au sens propre, mais il a accompagné mes tartines et mon thé (et même au-delà).
Par où commencer ? Par l'idée de base : chaque personne, professionnellement parlant, progresse vers davantage d'incompétence. Comment est-ce possible ? Et est-ce applicable à tout le monde ?
Supposons que vous êtes dans une grande boîte, et que vous commencez tout en bas de l'échelle. Vous excellez à ce que vous faites alors vous prenez de l'échelon. Au bout d'un moment, vous allez aboutir à un poste pour lequel vous n'aurez pas les qualités requises. A ce poste, vous faites mal votre travail, quand vous le faites. Vous avez atteint votre degré d'incompétence.
En gros, dans notre société, il faut réussir à tout prix. Et peu importe les conséquences : il faut toujours gagner plus d'argent, avoir plus de pouvoir. Ce livre nous explique que chacun a ses qualités et ses défauts, et que tout le monde n'est pas doué pour manipuler les chiffres et les hommes, pour la faire simple !
Quelqu'un peut être excellent mécano et très mauvais chef d'entreprise. Quelqu'un peut très bien être bon meneur d'hommes mais mauvais pour gérer un budget. Et j'en passe...
Il y a juste quelque chose qui me gêne profondément dans ce que dit ce brave monsieur, c'est qu'il n'a pas l'air de prendre en compte ces gens qui ont le même poste toute leur vie : caissiers, vendeurs en grande surface, manutentionnaires, ouvriers, et j'en passe des meilleurs... Alors quoi, ces personnes ont atteint leur degré d'incompétence dès le départ, ou bien ce sont juste des circonstances économiques, sociales, autres, qui font qu'elles conserveront la même place toute leur vie ?
Je trouve ce principe effrayant, car il garantit que personne ne peut en réchapper, c'est un des basiques de notre société actuelle. Il développe plusieurs chapitres, dont un sur une technique pour échapper à ce "dernier poste", et un autre sur les différentes façons d'être à ce poste sans avoir à trop en souffrir.
Il consacre également tout un chapitre aux :
- symptômes physiques (diverses maladies comme ulcères, diarrhée, anorexie, boulimie et obésité, allergies, hypotension, fatigue chronique, migraines, nausées, vertiges, dermatite nerveuse, etc...)
- aux symptômes comportementaux (papyrophobie (intolérance totale pour les papiers et livres trainant à vue), papyromanie (papiers et livres trainant partout dans un foutoir incommensurable), appitoyement sur soi-même, rigor mortis (intérêt démesurés pour les organigrammes, cartes, tableaux, en vouloir tout suivre tel qu'écrit sur ceux-ci au détriment de l'humain ou de la logique), syndrôme du flottement (incapacité totale à prendre une décision et volonté de refiler le bébé à quelqu'un d'autre à n'importe quel prix), inertie rigolatoire (mon ex-chef en est l'exemple typique : blagues désastreuses auxquelles il est le seul à rire, toujours du temps de gagné pour ne pas faire son travail...), tics et manies bizarres (ex : les sifflotements insupportables de mon ex-chef quand il est dans les rayons. Ceux-ci ne se manifestent que lorsqu'il est de bonne et/ou se sent en force par rapport à ses ennemis)...)
Il creuse le sujet en s'étendant sur le comportement humain en général, l'école, la vie privée...
Un petit extrait pour conclure :
"Un de mes amis voyageait dans un pays où la vente de l'alcool est un monopole du gouvernement. Avant de rentrer chez lui, il se rendit dans un magasin conventionné et demanda :
"Quelle quantité d'alcool ai-je le droit d'emporter ?
- Il faudra que vous le demandiez aux douaniers, à la frontière.
- Mais je veux le savoir maintenant, afin de pouvoir acheter la quantité d'alcool autorisée et éviter d'en avoir trop, ce qui me serait confisqué !
- C'est un règlement douanier, répliqua l'employé. Cela ne nous regarde pas.
- Mais vous devez bien connaître ce règlement !
- Oui, bien sûr, mais nous ne sommes pas la douane et je n'ai pas le droit de vous renseigner.
Ne vous est-il jamais arrivé de vous entendre dire : "Nous ne pouvons vous donner ce renseignement ?" L'employé connaît la solution de votre problème, vous savez qu'il la connaît, mais, pour une raison inconnue, il refuse de vous la donner.
[...]
C'est généralement parmi les sous-fifres sans pouvoir discrétionnaire que l'on constate un souci obsessionnel du formulaire correct, que ces papiers soient utiles ou non. Il n'y a jamais de cas d'espèce, et aucune dérogation à la routine n'est permise.
J'ai nommé ce comportement automatisme professionnel. Pour cet automate, il est évident que les moyens sont plus importants que les fins ; la paperasserie est beaucoup plus importante que le dessein pour lequel elle a été instituée. Ce fonctionnaire ne considère pas qu'il est au service du public, mais au contraire que le public est une matière première servant à apporter son tribut à l'immuable fonctionnariat, à la routine, à la hiérarchie, aux paperasses !
L'automate professionnel paraît incompétent aux yeux de ses clients ou de ses victimes. La question se pose alors : "Pourquoi tant d'automates professionnels arrivent-ils à être promus ? Et l'automate professionnel échappe-t-il au principe de Peter ?"
A ces deux questions, je répondrai par une troisième : "Qui définit la compétence ?"
La compétence d'un employé est déterminée non par le public mais par son supérieur dans la hiérarchie. Si ledit supérieur se trouve encore à un niveau de compétence, il jugera ses subordonnés en termes de travail utile, par exemple la fourniture de produits médicaux, d'information, la production de saucisses ou de pieds de table, en un mot son rendement. Il se fonde donc sur la production. Mais si le supérieur a atteint un niveau d'incompétence, il se fiera sans doute à des valeurs abstraites pour juger ses employés, estimera compétent celui qui observe les règlements, les rites, les formes du statu quo. La ponctualité, la propreté, le respect des chefs et de la paperasse seront considérés.
"Rockman est honnête."
"Lubrik fait bien marcher son service."
"Rutter est méthodique."
"Miss Trudgen est travailleuse assidue."
"Mrs. Friendly s'entend bien avec ses collègues."
Dans ces cas-là, la bonne marche du service prime le service lui-même et sa production [...].
Si l'employé du magasin conventionné avait promptement expliqué le règlement douanier, le voyageur l'aurait trouvé courtois. Mais son supérieur l'aurait blâmé pour avoir enfreint le règlement.
[...] la compétence d'un employé est déterminée non par des obserateurs comme vous et moi, mais par l'employeur ou, de plus en plus souvent aujourd'hui, par d'autres employés d'un rang plus élevé. A leurs yeux, le potentiel de commandement équivaut à de l'insubordination, et l'insubordination est de l'incompétence.
Ceux qui savent obéir ne peuvent pas savoir commander. Il est évident que l'employé docile et obéissant sera promu, plus d'une fois, mais cela n'en fera pas un bon chef. La plupart des hiérarchies sont tellement accablées de règlements et de traditions, ligotées aussi par les lois, que les employés les plus importants eux-mêmes, les cadres supérieurs, n'ont pas à commander ni à diriger en ouvrant des voies. Ils se contentent de se plier aux précédents, obéissent aux règlements, et marchent en tête de la foule. Ces cadres-là ne "dirigent" que si l'on estime que la figure de proue "dirige" le navire."
Avec ça, on comprend mieux le côté exaspérant de toute administration, et pourquoi, souvent, on peste contre un chef (direct ou indirect) plus ou moins incompétent !
Je vous invite à le lire, il est n'est pas bien épais (174 pages), et plutôt instructif avec une certaine dose d'humour.
Bonne lecture !